Covid-19: plusieurs jours après le Maroc, la France autorise la chloroquine

Après avoir décrété l’état d’urgence, et le confinement de la population à deux mois, la France emboîte enfin le pas au Maroc en autorisant l’usage de la chloroquine pour le traitement des cas les plus graves de contamination au coronavirus SARS-CoV-2.




En terme de mise en œuvre de mesures préventives et de traitement de la maladie, le Maroc s’impose décidément comme un bon élève, devançant largement, grâce à des décisions rapides et clairvoyantes, plusieurs pays réputés être à la pointe de la modernité et du progrès.

La France, qui a longtemps tergiversé sur l’usage de la chloroquine, vient d’en autoriser l’usage, ce mardi 24 mars.

En France : réflexions, polémiques et tests…
Face à la pression médiatique, celle des élus et aux nombreuses interventions coup de poing du professeur Didier Raoult, directeur l’IHU Méditerranée Infection, pôle d’expertise marseillais sur les maladies infectieuses, le Haut Conseil de l’organisme Santé Publique France, a fini par statuer, après des semaines de tergiversations, quant à l’usage de la chloroquine.

Ce traitement pourra donc être administré aux malades qui souffrent de «formes graves» du Covid-19, mais ne doit pas être utilisé pour des formes «moins sévères», prévient Santé Publique France.

Et de préciser que le comité scientifique de cet organisme «exclut toute prescription» pour «des formes non sévères» de la maladie, en l’absence de toute donnée probante.

Un arrêté encadrant le recours à ce traitement, qualifié par certains de médication miracle, alors que d’autres appellent à la prudence, sera pris «dans les prochaines heures», a-t-il été précisé.




Au Maroc, pas de temps à perdre

Si la France vient de statuer, en ce mardi 24 mars sur l’usage de la chloroquine, le Maroc, de son côté, n’a pas perdu de temps.

Le 19 mars, la presse internationale annonçait ainsi que le gouvernement marocain avait racheté au laboratoire français Sanofi l’ensemble de son stock de Nivaquine, médicament à visées thérapeutiques anti-paludéennes, à base de chloroquine, produit dans ses usines de Casablanca, les autorités marocaines ayant pris très au sérieux les résultats prometteurs des premiers tests effectués sur des patients contaminés au Covid-19.

Puis, après avoir décrété l’état d’urgence sanitaire à travers le territoire national à partir du vendredi 20 mars 2020 à 18 heures, alors même que sur le territoire national le passage au stade 2 de l’épidémie n’a pas encore été amorcé, plusieurs recommandations ont par la suite été adoptées, dès le lendemain, samedi 21 mars, par les membres du Comité technique et scientifique consultatif du programme national de prévention et de contrôle de la grippe et des infections respiratoires aigues sévères (IRAS), institué par le ministre de la Santé au Maroc.

Le lundi 23 mars, une circulaire a ainsi été adressée par le ministre de la Santé, Khalid Aït Taleb, à tous les établissements hospitaliers pour les informer des recommandations prises, et des stocks de chloroquine mis à leur disposition avec des procédures de traitement, de dosage, de suivi et de contrôle à effectuer.

Ce même comité a également recommandé l’usage de tests rapides antigéniques qui présentent l’avantage de délivrer un résultat rapide, entre 30 et 60 minutes, et de pouvoir être utilisés par les laboratoires. A contrario, les tests utilisés à l’heure actuelle sont, eux, aux standardx internationaux, et ne fournissent des résultats qu’au bout d’un laps de temps de 5 heures.




Aux Etats-Unis: on remercie le ciel

Et pendant ce temps, aux Etats-Unis, Donald Trump n’en finit plus de vanter depuis hier, lundi 23 mars, les mérites de la chloroquine, cet antipaludéen qui pourrait, selon lui, «vraiment changer la donne» dans la lutte contre le coronavirus s’il est utilisé comme traitement.

La chloroquine, le président américain la qualifie même de «don du ciel». entrevoyant les «chances que cela puisse avoir un énorme impact».

Bien entendu, Donald Trump, comme à son habitude, n’a pas manqué de tweeter son enthousiasme, en partageant même un article consacré à un homme en Floride, qui assure que le médicament antipaludéen lui a «sauvé la vie».

Pas d’automédication et un usage réglementé!
Toutefois, en dépit de l’enthousiasme suscité par ce traitement, il est bien entendu qu’il ne peut être administré n’importe comment et qu’il convient de communiquer sur ce sujet avec mesure.

L’enthousiasme peut-être un peu trop excessif du président américain a ainsi mené certains Américains à s’auto-administrer ce traitement par eux-mêmes.

Résultat, selon une ONG américaine œuvrant dans le domaine de la santé, un homme d’une soixantaine d’années est mort en Arizona après avoir ingéré du phosphate de chloroquine.




Interrogée par la chaîne d’informations en continu NBC News, son épouse, qui a également été hospitalisée, a expliqué que l’idée leur était venue après avoir vu le président républicain vanter les vertus de la chloroquine lors d’un point de presse.

«Ils n’arrêtaient pas de dire que c’était approuvé pour d’autres choses. Trump disait que c’était pratiquement comme un remède», a-t-elle expliqué. Le couple a ainsi consommé une dose beaucoup trop forte de phosphate de chloroquine: une cuillère à café chacun, selon elle.

Du côté du Maroc, on se montre donc très précautionneux, et on tire des leçons, par anticipation.

Le ministère de la Santé, en concertation avec son comité technique et scientifique, appelle ainsi les professionnels de la santé à «veiller au respect des différents aspects relatifs à la gestion de stocks des médicaments spécial COVID-19».

Et de préciser que « les stocks de chloroquine et d’hydroxychloroquine doivent être gérés par les responsables des Unités régionales d’approvisionnement de la pharmacie au niveau des directions régionales de la Santé dans un local sécurisé, tout en élaborant une liste de délivrance nominative par classe thérapeutique adressée aux structures de prise en charge».

La circulaire ministérielle, datant du 23 mars 2020, mentionne également que «toute prescription doit être réalisée sur une ordonnance nominative accompagnée des informations nécessaires conditionnant la délivrance de ces médicaments».

Ce document officiel du ministère de la santé précise aussi que «toutes les précautions doivent être prises pour le respect du circuit d’approvisionnement afin de garantir la sécurité d’utilisation de ces médicaments».

Pourquoi l’usage de la chloroquine divise-t-il autant?
L’essai clinique, dirigé par le professeur Didier Raoult, décrit sur le site de la revue «International Journal of Antimicrobial Agents», est sujet à autant d’espoirs que de critiques, et face à l’ampleur de la controverse qu’il suscite, fait actuellement l’objet d’une expertise, à la demande du conseil scientifique français.

Parmi les détracteurs de cette étude, l’une des plus virulentes est l’épidémiologiste et biostatisticienne Dominique Costagliola, également directrice adjointe de l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de santé publique, qui relève de l’université de la Sorbonne, et qui a été chargée de livrer une expertise sur cette étude.




Dans les colonnes du journal Le Monde, celle-ci déclare ainsi que «cette étude est conduite, décrite et analysée de façon non rigoureuse, avec des imprécisions et des ambiguïtés. Il s’agit d’un essai à fort risque de biais selon les standards internationaux. Dans ce contexte, il est donc impossible d’interpréter l’effet décrit comme étant attribuable au traitement par hydroxychloroquine».

Mettant en lumière de nombreux points litigieux, cette chercheure pointe ainsi du doigt la manière dont a été menée cette étude, et en particulier, le fait que sur les vingt-six patients testés, six d’entre eux sont exclus de l’analyse du résultat, alors même que l’un est décédé, et qu’un autre présentait des effets indésirables en quittant l’hôpital, et que les trois autres sont passés en réanimation.

«Cela pose un problème sévère, une analyse rigoureuse aurait dû considérer tout ou partie de ces cas comme des échecs», estime cette chercheure.

Il n’en demeure pas moins que le professeur Didier Raoult a initié une première piste d’étude sérieuse, celle de l’usage thérapeutique de l’hydroxychloroquine dans le traitement du Covid-19 à un stade sévère, un traitement préalablement lancé, faut-il le rappeler, par les Chinois, dont la province de Wuhan est le foyer de ce qui est aujourd’hui une pandémie.

L’étude et ses résultats vont donc être désormais décortiqués, réanalysés d’une façon différente afin d’aboutir à de nouveaux résultats dans quelques semaines, pour en avoir le cœur net, une bonne fois pour toutes.

En attendant, de nombreux pays mènent désormais une course contre la montre pour s’approvisionner en chloroquine. Ainsi, l’Algérie a décidé hier, lundi 23 mars, d’adopter un protocole thérapeutique, à base de chloroquine, pour faire face au coronavirus, indique, le ministère algérien de la Communication dans un communiqué.




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