La crise sanitaire met en évidence les nombreux problèmes du secteur de la santé marocain

La crise sanitaire met en évidence les nombreux problèmes du secteur de la santé marocain




Avant le déclenchement de la Covid-19, le Maroc connaissait une pénurie abyssale en matière de personnel soignant. Avec la pandémie, les hôpitaux manquent de tout: masques, gants, surblouses, lits de réanimation et désinfectants.




L’augmentation du nombre de cas de Covid-19 à l’échelle nationale a remis sur le tapis les innombrables problèmes dont souffre le secteur de la santé marocain. Le manque d’équipements médicaux, de médicaments et de ressources humaines a fortement perturbé la réponse des hôpitaux à cette crise épidémiologique.
Ce déficit remonte, certes, à très longtemps mais il a décuplé face à la tension provoquée par la Covid-19.
Les chiffres communiqués par le ministre de la Santé font état d’un déficit abyssal en matière de ressources humaines avec des besoins qui s’élèvent à 32.387 médecins et 64.774 infirmiers et techniciens de la santé. Du coup, le Maroc compte 1,5 médecin et infirmier pour 1.000 habitants.




Alors que le minimum requis par les organisations internationales pointe à 4,5. Pis encore, en cette période de crise épidémiologique, le Maroc ne compte que 200 médecins réanimateurs dont la plupart exercent entre Casablanca et Rabat.
Quant au budget du ministère de la Santé, il stagne à 7,27% par rapport au budget général de l’État alors que la moyenne mondiale définie par l’OMS atteint 10%. Autant dire que le plan de santé projetant la création de 4.000 emplois dans ce secteur, sur trois ans, ne permettra pas de combler le déficit en ressources humaines.
Le recours aux contractuels, recrutés parmi des infirmiers de l’association du croissant rouge et des jeunes diplômés, ne suffira pas non plus face à la tornade de la Covid-19. L’exemple de l’hôpital de Berrechid est assez édifiant.




Débordé par l’afflux de malades, la poignée de soignants et les quelques lits de réanimation n’ont pas pu faire face. Les médecins et les infirmiers ont réclamé du renfort sans résultat et certains d’entre eux ont été contaminés faute de personnel et de moyens de protection.
Malgré tout cela, il s’est trouvé parmi eux des médecins asymptomatiques qui ont continué à travailler dans l’hôpital. Le quotidien Al Ahdath Al Maghribia rapporte, dans un dossier consacré à ce sujet, que face à la recrudescence des cas, les hôpitaux manquent de tout, y compris de masques, de gants, de surblouses de protection voire de produits désinfectants.
Autant dire que les cadres médicaux travaillant dans les pavillons de la Covid-19 traitent les malades en se protégeant avec les moyens du bord.




Pourtant, rapportent certains médecins, au début de la pandémie, tout le personnel était équipé, y compris les personnes qui s’occupaient du ménage, les techniciens des déchets médicaux et même les employés des sociétés qui servaient des repas aux hôpitaux.
Même l’institut Pasteur a connu une pénurie de réactifs et de fournitures nécessaires au dépistage pendant trois semaines. Certes, les responsables de cet institut avaient démenti cette information en affirmant qu’il n’y a pas eu de rupture de stock, ni d’arrêt de dépistage mais la réalité du terrain est tout autre.
Le ministère de tutelle a été moins formel quand les pharmaciens ont tiré la sonnette d’alarme sur la pénurie des stocks de médicaments pour le traitement de la covid-19 et certaines maladies chroniques. Les professionnels avaient évoqué une perturbation dans la chaîne de distribution à l’échelle mondiale.




Ils avaient demandé à substituer des génériques aux médicaments manquants. Face à cette cette mise en garde, le ministère de tutelle a tenté de rassurer les médecins, les pharmaciens ainsi que les malades en affirmant que le stock de réserve des médicaments était assez suffisant pour couvrir les besoins de plusieurs mois.
Les responsables du ministère ont toutefois modéré leur optimisme quand ils ont annoncé que le marché national était alimenté par des quantités suffisantes de médicaments, à condition, précisent-ils, qu’ils soient utilisés de manière rationnelle.
Ils ont, en outre, mis l’accent sur le programme d’encouragement de l’investissement et de la fabrication locale des médicaments qui, disent-ils, a commencé à porter ses fruits. Ils ont notamment évoqué l’octroi de l’autorisation de mise sur le marché, en août dernier, d’un médicament produit localement contenant de la chloroquine.