(Chronique) Mort de la petite Naïma: l’ignorance ne connaît pas l’effroi

(Chronique) Mort de la petite Naïma: l’ignorance ne connaît pas l’effroi




En ce début d’année scolaire, notre pays aura eu connaissance d’un grand nombre d’histoires d’infanticides retentissants un peu partout dans le royaume, comme une angoissante alarme qu’il ne faut surtout pas ignorer.




Après l’affaire du petit Adnane Bouchouf mort à Tanger, c’est aujourd’hui l’histoire de la petite Naïma Rouhi née à Ouarzazate.
Âgée d’à peine 5 ans, elle fut enlevée puis disparue pendant quarante jours avant la découverte de son corps par un berger dans les montagnes de l’Agdz, dans la province de Zagora.
Le suspect, un homme âgé de 61 ans et surnommé « fqih » est à l’origine de l’enlèvement de la fillette; son complice (dont on sait peu de choses pour l’instant) est un homme âgé de 51 ans qui a la faculté de trouver des « djinns » afin de l’aider à « localiser des trésors enfouis ». Cette pratique de la chasse au trésor est connue au Maroc et a été longtemps pratiquée et ce sur plusieurs générations.
À l’instar de l’affaire du petit Adnane, nous nous trouvons aujourd’hui face à un autre cas d’infanticide qui ne fait que confirmer la détresse mentale dont souffre une grande partie de nos concitoyens divisés entre contes de fées antiques et perversions incompréhensibles.




Notre beau pays souffre d’un problème plus grand encore car bien que développé et abritant des personnes extrêmement éduquées et civilisées, il existe un contraste des plus alarmants.
Il y a en effet des zones et des régions où la mentalité semble s’être bloquée au 19ème siècle, délaissant ainsi tout le progrès et les efforts fournis par le royaume afin d’être ce qu’il est aujourd’hui. Récapitulatif sur cette histoire qui, en ayant lieu, a prouvée que la route est encore longue pour voir un Maroc unifié et développé, aussi bien économiquement qu’intellectuellement et socialement.
Dans la matinée du 17 août 2020, la petite Naïma et sa grande sœur âgée de 11 ans étaient sorties jouer près de la maison familiale comme à leur habitude.
Après plusieurs heures d’absence, leur grand-père s’inquiète et décide de partir à leur recherche. Les ayant longuement cherchées il ne trouva que la grande sœur de Naïma, qui une fois questionnée n’a pu donner d’informations sur où était sa sœur ni si elle était partie avec quelqu’un.




Le jour même, une plainte fut déposée chez la brigade de la gendarmerie royale. Plusieurs habitants de Tafergalt se sont mis à la recherche de Naïma, mais en vain. Après trois jours, la gendarmerie royale se mit à enquêter sur sa disparition.
Les parents de Naïma ont, au début, pensés à un accident étant donné que la région contient plusieurs puits; ils crurent qu’elle était peut-être tombée dans l’un d’eux. 
Les services de la gendarmerie royales et ceux de la protection civile se sont alors mis à fouiller les puits comme l’a rapporté l’oncle de la fillette; ne trouvant pas de corps, les recherches continuèrent dans les champs, les maisons abandonnées, et dans les montagnes avoisinantes, jusqu’à ce que le 26 septembre, le corps de Naïma soit découvert.
Des petits ossements humains ainsi que des vêtements qui furent portés par la fillette le jour de sa disparition ont été retrouvés. Pas de doute: pour son oncle, le corps retrouvé est bien celui de sa nièce Naïma.




« Nous l’avons reconnu grâce aux vêtements qui étaient ceux qu’elle portait le jour de sa disparition. Un bandeau qu’elle portait aux cheveux nous a également permis de la reconnaître ».
Il déclara par la suite: « Pendant plusieurs jours, nous avons arrêtés les recherches, nous ne sommes allés nulle part et je pense que l’auteur du crime a attendu que nous soyons désespérés pour disposer du corps à cet endroit ».
En ayant favorisé la piste de la sorcellerie encore très commune et pratiquée au sein du royaume, la gendarmerie se mit alors à la recherche de « fqih » connu pour essayer d’exhumer des trésors (kenz).
C’est en suivant cette piste qu’ils tombèrent sur un homme de la région ayant des antécédents dans ce genre d’affaire « féerique », connu pour son implication à la recherche de trésors à l’aide d’enfants « Zouhri ». Le criminel est un homme âgé de 61 ans; il serait fqih et aurait déjà essayé de profiter d’un enfant « Zouhri » (enfant chanceux).




Un enfant dont la lignée sanguine permettrait d’exhumer des trésors de longues dates enfouis dans des endroits spécifiques. Une fois contacté par les autorités afin de se présenter à la brigade de la gendarmerie de Zagoura, il prit la fuite en direction de Khénifra.
Il fut localisé par GPS grâce à la carte SIM de son portable avant que les éléments de la gendarmerie de Khénifra ne l’arrêtent. Interrogé par les forces de l’ordre « compétentes » il avoua avoir été aidé par un homme de 51 ans connu pour pratiquer des rituels occultes faisant appel à des « djinns » afin de les aider à trouver des trésors.
Les deux suspects, vivants à une autre époque, ont été déféré dimanche 4 octobre dernier devant le parquet pour enlèvement, assassinat et démembrement. Ils ont par la suite été présentés devant un juge d’instruction.
Cette affaire macabre et relevant de l’ignorance totale des individus l’ayant commise, relève d’un problème plus grand existant dans notre pays depuis bien longtemps.




La sorcellerie et ses dérivés
Ces rites et habitudes d’une autre époque sont encore très pratiqués au royaume malgré le fait que les autorités se sont mis à traquer les sorcières et les sorciers résidant dans les quartiers populaires un peu partout dans le pays, une vrai chasse à la sorcière comme celle de Salem aux États-unis vers la fin du… 17ème siècle !
Malgré les efforts fournis, le problème reste ancré dans la tête de celles et ceux qui pensent trouver un remède à leurs problèmes; argent, richesse, gloire, mariage, et autres dont la paresse ou le manque de lucidité restent la cause principale.
Faisant de ce fait souffrir des animaux (on a déjà vu des sorcières coudre les bouches de chats errants ou coller une pierre sur la patte de petits oiseaux, etc.), et dans certains cas de pauvres enfants encore innocents qui n’ont pour seul « tort » que d’être nés avec une trace particulière sur une main ou un strabisme quelconque.




C’est aussi souvent dans des régions lointaines et reculées que ce genre de drames relevant de la mécréantise et de l’irréel se produisent au détriment d’enfances gâchées et de parents endeuillés à jamais.
Le drame de la petite Naïma n’est, une fois de plus, qu’un cas parmi tant d’autres dans notre pays, une histoire triste et glaçante, qui disparaîtra après la fin de sa médiatisation.
Jusqu’à ce que le même drame se reproduise encore pour une énième fois. Notre gouvernement doit faire pression et permettre aux parents d’enfants kidnappés de les retrouver sains et saufs peu de temps après leurs enlèvements, car une fois de plus, ce sont les parents qui en souffrent le plus, bien que nous aussi nous pouvons ressentir leurs peines au plus profond de notre âme.
En souhaitant à la famille de la petite Naïma un deuil calme et une peine qui devienne légère… Tout en espérant voir un jour tous ces maux dont souffrent une grande partie de nos concitoyens disparaître à jamais.
Omar Barakate