Les « épiciers-banquiers » soutiennent les ménages marocains

Les « épiciers-banquiers » soutiennent les ménages marocains




L’épicier du quartier continue de jouer pleinement son rôle de « banquier » avec une partie de ses clients, et ce depuis le confinement. Des fois, il est même amené à prêter de l’argent liquide à des habitants très impactés par la crise de la Covid.




La situation financière des ménages marocains, fortement impactée par la période du confinement, continue de se détériorer en raison de la lente reprise des activités et des mesures restrictives toujours en vigueur dans plusieurs villes.

En témoigne la dernière enquête de conjoncture réalisée par le HCP, qui révèle, en effet, que la situation financière s’est dégradée pour 41,6% des ménages marocains au 3e trimestre de 2020, et que 35,6% se sont endettés ou ont puisé dans leur épargne, durant la même période.

Pour faire face à situation, différentes mesures ont été mises en place par le gouvernement pour venir en aide aux catégories les plus touchées par cette crise sans précédent (aides financières pour différents secteurs, ou encore le report des échéances de crédits par les banques,…).




Mais il faut reconnaître qu’aux côtés de ces mesures, l’épicier du quartier a joué un rôle très important auprès des personnes en difficulté. En effet, depuis le début de la crise, davantage de citoyens ont abandonné les courses dans les grandes surfaces faute de moyens.

Ils sont tournées vers le commerçant de proximité, qui accepte de leur vendre à crédit, sans fixer de délai de paiement. Rappelons qu’une étude réalisée en juillet dernier par le Haut commissariat au plan a démontré que les épiciers ont été très sollicités depuis le début du confinement.

L’étude a également relevé que parmi les ménages ayant une dette auprès des épiciers suite à l’acquisition, à crédit, de biens de consommations, 20% n’ont pas pu honorer leurs dettes, 21,4% en milieu urbain et 16,8 en milieu rural.




Le président du Syndicat national des commerçants et professionnels, Nabil Nourri, affirme que ce mouvement de solidarité se poursuit et que les épiciers acceptent de rallonger la durée de paiement, au-delà de deux ou trois mois. « On n’y peut rien. On a des clients qu’on connaît depuis une dizaine voire une quinzaine d’années, auxquels on a toujours accordé des crédits par carnet.

On ne peut pas s’arrêter maintenant, en pleine crise, alors que certains ont perdu leurs emplois et n’arrivent plus à subvenir à leurs besoins ». « L’épicier du quartier continue de jouer un rôle très important auprès des ménages, et on le remercie pour cela.

Certains acceptent même de prêter de l’argent aux familles les plus impactées en cas de besoin (maladie ou autres…) ». Même son de cloche du côté de Hikam Alaoui, président de l’Association du commerce de proximité de Tiflet, qui confie toutefois que la situation a empiré depuis quelques mois, tant du côté des citoyens que des épiciers.




Ceci en particulier après l’annonce des mesures restrictives dans différentes villes. cSelon lui, la situation financière des habitants continue de se dégrader, des activités étant carrément à l’arrêt. Du côté des commerçants, « par exemple, à Tiflet, les autorités nous obligent à fermer entre 20h et 21h, alors que c’est à ce moment-là de la journée qu’on réalise le plus de vente ».

Cela dit, même si leur activité est en baisse, les épiciers sont dans l’obligation de supporter les crédits des habitants, ainsi que leurs propres charges envers les fournisseurs et les propriétaires des magasins.

« Certains, incapables d’honorer leurs engagements, ont dû changer de métier, ayant perdu leur capital initial », ajoute le président du Syndicat national des commerçants et professionnels. cQuant aux aides des bienfaiteurs, qui paient anonymement les crédits à la place des clients, « elles sont de moins en moins visibles, contrairement aux trois premiers mois de confinement », conclut-il.