Accès interdit aux femmes voilées à Nîmes: le commerçant regrette et présente ses excuses

Accès interdit aux femmes voilées à Nîmes: le commerçant regrette et présente ses excuses




Quelques heures après avoir interdit l’accès à son magasin à des femmes voilées, le gérant d’une supérette de Nîmes dit aujourd’hui regretter amèrement son acte. Dépassé par les menaces, il a donné sa version des faits à Objectif Gard, tout en présentant ses excuses.




Après la publication sur les réseaux sociaux d’une pancarte indiquant qu’un commerçant nîmois refusait d’accepter des personnes voilées, l’épicier donne sa version. « Dépassé » « paniqué » et « effondré » par les centaines de messages de haine, de violence et de menace qu’il reçoit sur les réseaux sociaux… Il a déposé plainte. Une enquête est en cours pilotée par le parquet de Nîmes.
Objectif Gard : Pourquoi avez-vous affiché une pancarte, hier, dans votre commerce soulignant que vous refusiez les personnes voilées ?
Je travaille beaucoup, entre 14 et 15h par jour. Je suis sous pression et je cumule les heures. Je revenais de faire des livraisons chez des personnes âgées. Toutes m’ont parlé hier matin avec angoisse et crainte de l’attentat de Nice. C’était le seul sujet de conversation. En revenant à mon magasin, j’ai fait une très grosse connerie, je le regrette et en prend conscience maintenant. Mais, sur le coup, je n’ai pas réfléchi. Mon problème c’est que souvent je réagis d’abord, puis je réfléchis après. Là j’ai totalement dépassé ma pensée et surtout ce qui me fait le plus de peine dans cette affaire c’est que je ne voulais pas froisser ou blesser quiconque.




Objectif Gard : Mais vous savez très bien qu’en écrivant ces propos sur une pancarte dans votre épicerie, vous alliez blesser des personnes, cela paraît évident non ?
Vous ne me croirez probablement pas, mais non, je n’ai pas réalisé la portée de cette inscription sur le moment. J’ai partagé ça avec des amis sur les réseaux sociaux, mais je dois être incrédule car je ne pensais pas qu’il y aurait autant de messages de haines et de menaces contre moi et ma famille. Je voulais juste qu’il y ait un débat, mais je ne voulais pas m’attaquer aux personnes voilées, ou à une religion en particulier. J’ai écrit des choses que je n’ai pas maîtrisées, qui ne correspondent pas à ce que je voulais écrire dans ce message. Je n’ai jamais refusé de servir ou de vendre à qui que se soit et j’ai toujours accueilli la clientèle avec courtoisie.
Objectif Gard : Mais pourquoi évoquer les personnes voilées, vous savez bien que vous allez stigmatiser plus particulièrement une communauté ?
C’est une maladresse d’avoir employé ces mots, comme je vous l’explique je le regrette profondément. Je travaille seul dans mon magasin et depuis quelques temps avec les attentats, je suis plus anxieux. Je crains plus dans mes locaux, je ferme un peu plus tôt d’ailleurs.




Objectif Gard : Que pensez-vous de votre attitude avec quelques heures de recul ?
(NDLR : le commerçant joint au téléphone parle difficilement, ému et en pleurs par moment). Je suis dévasté, j’ai profondément blessé des personnes, je regrette et je m’excuse. J’ai fait une connerie énorme et je reçois une hécatombe de messages qui m’inquiètent pour ma famille et pour moi. Je ne suis pas raciste, je reçois des personnes dans mon commerce de la même manière quelle que soient leurs confessions religieuses que je n’ai pas à connaître d’ailleurs. J’ai réagi de façon outrancière à l’attentat de Nice, sur un moment de colère, et je le répète de peur et de tristesse par rapport aux attentats. Je suis effondré par ce qui arrive suite à mes propos, par le déferlement de violence verbal qui s’abat sur moi et ma famille. Je suis mort psychologiquement.
Propos recueillis par Boris de la Cruz