Casablanca, capitale économique du Maroc, suffoque sous un nuage de pollution

Casablanca, « le cœur battant » du Maroc, suffoque sous un nuage de pollution




À Casablanca, métropole en perpétuelles mutations socio-économiques, les usines poussent comme des champignons. La pollution qui résulte de leur activité a des conséquences sur la qualité de vie des habitants de la ville la plus peuplée du Maroc. Sans compter de nombreux impacts écologiques.




L’intense croissance démographique et urbanistique de la capitale économique du Maroc, doublée d’un dense tissu économique d’activités industrielles, commerciales et de services, soulève de nombreuses questions sur la nécessaire de la protection de l’environnement, ainsi que sur les missions de responsables locaux et d’acteurs de la société civile.
Pour l’écologiste Hasna Kajji, « la question des défis écologiques dans la capitale économique nous renvoie à celle de l’urbanisation de la ville qui reflète, de manière concrète, ce processus, à travers tout le pays ».
L’urbanisation dans cette ville était « arbitraire et non planifiée », pour des raisons historiques dont les racines s’étendent à l’ère du protectorat, au moment où le colonisateur à transformé la ville en un pôle industriel accueillant un intense flux migratoire ayant contribué amplement à l’urbanisation de la ville et à son explosion démographique selon cette enseignante à la faculté des sciences juridiques, économiques et sociales à Aïn Chock.




Cette situation a fait que Casablanca renferme un grand nombre de problèmes écologiques, comme souligné par les études scientifiques, dont les plus importantes sont celles élaborées en 1995 par des médecins de la faculté de médecine et de pharmacie attestant que 12% des enfants de la ville souffrent d’asthme, ainsi que l’enquête réalisée, il y a 2 ans, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) sur la qualité de l’air dans 126 pays, y compris le Maroc.
Parmi les problèmes écologiques dont souffre la ville, figurent l’absence d’espaces verts en suffisance, conformes aux normes internationales, un énorme parc automobile, une congestion et un encombrement de la circulation, l’état vétuste de plusieurs moyens de transport public et privé, et l’extension anarchique de l’urbanisation, à l’origine de plusieurs contraintes liées à la gestion des déchets ménagers et à l’assainissement, le manque d’infrastructures de base.




Mais aussi l’exploitation urbanistique de terres agricoles et forestières, et la prolifération d’unités industrielles près des rassemblements résidentiels.
En l’état actuel de la situation, il est difficile de s’attendre à une amélioration écologique à court terme, selon Hasna Kajji, présidente du Centre d’études et de recherches sur l’environnement et du développement durable, qui cite notamment certaines entraves liées à l’interférence de prérogatives et l’absence de coordination dans les politiques de gestion du secteur de l’environnement, au niveau local, en plus d’une inconscience de certaines élites, comme d’ailleurs de l’ensemble de la population de la ville sur l’importance de l’environnement dans la réalisation du développement.
Elle insiste sur la nécessité de la mise en œuvre de lois répressives envers les contrevenants, de la création d’une instance de coordination entre l’ensemble des intervenants.




Mais aussi de la conduite de travaux de recherches et l’instauration de mesures incitatives pour les usines qui ont respecté leurs engagements environnementaux.
De son côté, Mehdi Jemaa, membre du bureau exécutif de l’Alliance marocaine pour le climat et l’environnement durable, estime que, face aux potentialités dont regorge Casablanca, se dressent nombre de contraintes et de défis au niveau environnemental, dans une ville où se concentrent plus de 55% d’unités de production nationales, plus de 30% du réseau des agences bancaires du Maroc et qui emploie plus de 39% de la population active marocaine.
Et d’ajouter que ces importantes potentialités n’ont pas permis de fournir aux Casablancais les conditions nécessaires à une « ville durable », conformément aux normes fixées par les Nations unies, et à leur tête l’équilibre écologique. Pour Mehdi Jemaa, Casablanca fait face à des challenges écologiques de taille qui ont affecté la santé des citoyens et la qualité de leur vie.




Nombre de problèmes ont trait à la question de l’urbanisation et à la gestion de la ville, ce qui a poussé l’Alliance à travailler, en collaboration avec plusieurs partenaires et avec un financement de l’Union européenne, sur un projet de gestion urbaine participative visant à améliorer le cadre de vie de la population, à travers des plans participatifs respectant l’environnement, la santé et le bien-être collectif.
Ces défis ont poussé la société civile à organiser une marche en mars dernier à l’initiative de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre au Maroc pour la promotion des espaces verts au sein de la ville.
La ville de Casablanca reste encore bien éloignée des normes établies par les Nations unies, soit 10 m² d’espace vert pour chaque individu, alors que la moyenne n’en dépasse pas 1 m², selon l’association, qui appelle à freiner l’extension urbanistique qui progresse à hauteur de 600 ha par an.




Ceci sans tenir compte de la nouvelle approche relative aux espaces verts. En ce qui concerne la gestion locale, la commune de Casablanca souligne sur son site électronique que la question de l’environnement et du développement durable jouit d’un intérêt particulier dans sa stratégie de développement et la préservation des ressources et des réserves naturelles, la diversité biologique, la lutte contre la pollution, ainsi que l’activation des mesures d’adaptation aux changements climatiques.
La commune a programmé ainsi plusieurs projets à caractère environnemental, dont le projet de réhabilitation et d’exploitation de la décharge de Médiouna, afin d’en atténuer les effets sur la qualité de vie de la population avoisinante, dans l’attente de sa fermeture dans les plus brefs délais.




Le vice-président de la commune de Casablanca, chargé du secteur de la propreté, Mohamed Heddadi, avait déclaré, en septembre dernier, que les services de la commune sont en train de mettre les dernières touches pour l’ouverture prochaine d’une nouvelle décharge qui sera mise en place à proximité de la décharge de Médiouna, sur une superficie de 11 ha.
La nouvelle décharge, avait-il assuré, contribuera à régler la problématique de collecte et d’enfouissement de déchets de Casablanca dans l’attente de la réalisation d’une autre décharge sur une superficie de 24 ha.
Les défis écologiques dans la métropole interpellent en premier lieu les responsables en charge de la gestion locale, vu que les collectivités territoriales jouissent de prérogatives complémentaires dans le domaine de l’environnement et se doivent désormais d’accomplir un rôle prépondérant pour l’intégration du volet écologique dans leurs plans de développement.