Vaccin anti-covid au Maroc: une obligation non obligatoire?

Vaccin anti-covid : Le Maroc se dirige vers une obligation déguisée




Avec le nombre de nouvelles contaminations qu’il enregistre chaque jour, le Maroc joue son va-tout avec la campagne de vaccination. Sauf que l’adhésion massive est la seule condition pour la réussite de cette stratégie. Le but devient alors de vacciner tout le monde, quitte à rendre le vaccin « obligatoirement » volontaire.




À l’heure où la course au vaccin bat son plein et que les laboratoires entament le sprint de la dernière ligne droite, le débat sur le caractère obligatoire de son inoculation prend de plus en plus d’ampleur.
Au Canada par exemple, la proportion des personnes sondées en faveur d’une vaccination obligatoire s’amenuisait à vue d’œil en passant de 72% en mai dernier à 59% à fin novembre. En sachant que même parmi ces derniers, plus de 70% affirment se sentir nerveux à l’idée d’un vaccin qui a été mis en place si rapidement.
En France, la question a été tranchée puisque la Haute Autorité de Santé s’est prononcée contre l’idée d’un vaccin obligatoire. Une position désormais officielle après que le président Emmanuel Macron se soit également aligné de ce côté.




Du côté marocain, la situation est plus nuancée. En effet, et alors même que le ministre de la Santé a affirmé que le vaccin se fera sur la base du volontariat, il semble que l’État se dirige vers une obligation qui ne dit pas son nom. « Il y a plusieurs manières de rendre le vaccin obligatoire sans le décréter et je pense que c’est le scénario vers lequel on va se diriger », nous confie une source qui a travaillé de près sur le dossier.
Une position qui se tient, surtout après le tollé soulevé par le faux projet de loi relative à l’obligation de la vaccination qui a circulé sur les réseaux sociaux et qui a obligé le Chef de gouvernement à réagir.
L’idée serait donc, sans l’annoncer officiellement, de rendre le vaccin si primordial qu’il devient impensable, ou en tout cas très préjudiciable, de ne pas le faire.




L’une des pistes évoquées consisterait en ce sens à durcir, à quelques semaines avant la fin des préparatifs de la campagne de vaccination, les mesures restrictives de confinement et conditionner la possibilité de les contourner par le document de vaccination qui viendra remplacer toutes les autorisations fournies jusque-là par les autorités.
Il serait par exemple interdit de voyager à l’étranger, de se déplacer de son domicile, de se rendre à certains endroits, d’accéder à un centre commercial ou à une grande surface sans le précieux sésame.
Déjà, le ministre de la Santé, dans une récente sortie médiatique, a clairement précisé qu’il « ne sera pas possible de voyager sans un passeport Covid. C’est pourquoi les vaccins choisis par le Maroc sont reconnus par l’OMS et font partie du programme COVAX.




Ce qui permettra au Marocain vacciné de voyager partout dans le monde. » Le gouvernement opte donc pour une politique de la carotte dans un premier temps en voulant créer un sentiment de rareté qui poussera les gens au rush pour avoir leur dose de vaccin.
« Je pense que les Marocains sont intelligents et voudront en profiter rapidement, car la rareté ne nous laisse pas poser ce genre de questions », ajoute Aït Taleb en enfonçant le clou.
Les Marocains ainsi vaccinés se verront attribuer un QR Code salutaire pour passer les frontières. Autre argument d’encouragement, le vaccin sera totalement gratuit. Un point d’honneur du ministère qui précise qu’il sera remboursé pour les personnes disposant d’une couverture santé et qu’il sera gratuit pour les plus démunis. Autant d’incitations et d’éléments de langage.




Ceux-ci sont en faveur de la vaccination avant que les task-forces mises en place par la stratégie nationale ne soient prêtes. « À partir de là, on se dirigera vers un autre langage de dissuasion et de la politique du bâton », croit savoir notre source.
Déjà, des déclarations du ministre, disséminées ici et là, vont dans le sens de cette affirmation. « L’immunisation de la population à travers le vaccin est l’un des axes majeurs de la lutte contre la Covid-19.
C’est une cause nationale et une affaire sensible. Elle doit emporter l’adhésion de tous », assène Aït Taleb. Un message clair qui montre qu’avec la campagne de vaccination, le Maroc joue son va-tout dans sa lutte contre la pandémie. Tout reposera sur la capacité de l’État à vacciner près de 25 millions de personnes en 72 jours. Un défi de taille !