La crise sanitaire de la covid-19 décryptée par la représentante de l’OMS au Maroc

La crise sanitaire liée au nouveau coronavirus décryptée par la représentante de l’OMS au Maroc




Alors que la pandémie du nouveau coronavirus va boucler en décembre sa première année, les raisons ayant conduit à cette crise sanitaire restent toujours floues. Maryam Bigdeli est la représentante de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Maroc, elle explique comment le monde s’est retrouvé face à son plus grand enjeu sanitaire de ces dernières années et comment l’OMS travaille pour identifier en amont de pareils virus.




Ces dernières années, les épidémies ont ostensiblement augmenté dans le monde, on compte entre autres la grippe aviaire, la grippe porcine, Ebola, Zika, Mers coronavirus, SARS coronavirus, PPA,… Pourtant, même si elles ont eu une couverture large dans le monde et sont toutes d’origine animale, aucune d’entre elles n’a atteint le stade de pandémie comme la covid-19.
« La covid-19 a un caractère assez exceptionnel dans la vitesse à laquelle elle s’est propagée. Les scientifiques ont prédit ce genre de pandémies depuis des années, ce n’était pas une surprise.
Les circonstances dans lesquelles nous vivons font que ce genre de pandémie a été malheureusement prédit et que malgré les avancées en médecine, le potentiel de transmission des maladies a considérablement augmenté à cause d’autres facteurs qui ne sont pas forcément liés au avancées de la médecine », a indiqué Maryam Bigdeli.




Si la plupart des pays et scientifiques pensaient que le nouveau coronavirus qui est apparu pour la première fois en Chine en décembre 2019 allait « rester » en Chine comme plusieurs autres épidémies qui n’ont pas tellement connu de propagation géographique inquiétante, certains facteurs déterminants ont pesé sur la balance pour donner un caractère planétaire à la covid-19.
« Ces facteurs, j’en compte 5 principaux, d’abord les voyages internationaux. Depuis 1990 jusqu’à aujourd’hui les voyages ont quadruplé, on est passé d’un milliard de personnes à plus de quatre milliards de personnes en 2018 », explique Mme Bigdeli, citant les vols aériens comme première cause de la propagation fulgurante du virus.
Le deuxième facteur, poursuit-elle, réside dans la globalisation, en citant à titre d’exemple, qu’en 1950, deux tiers de la population mondiale vivait en milieu rural, et que selon les prédictions en 2050, la tendance serait inversée, avec 66% de la population mondiale qui vivra en milieu urbain.




« Cette promiscuité en milieu urbain, particulièrement présente en Asie et en Afrique contribue à créer des mégalopoles surpeuplées avec de grands quartiers défavorisés et parfois des bidonvilles, des problèmes d’assainissement, d’hygiène, d’accès aux services », précise la représentante de l’OMS.
L’augmentation des contacts entre les hommes et les animaux est un autre phénomène qui été enregistré ces dernières années, affirme la représentante de l’organisation onusienne au Maroc.
« D’une part, il y a les animaux domestiques et d’autre part l’élevage intensif qui est propice à la transmission parmi les animaux et augmente le risque de transmission vers les humains, mais également le contact avec les animaux sauvages, notamment à travers le commercer national ou international d’animaux sauvages ». Et d’estimer que tous ces éléments-là sont liés au changement climatique qui est l’un des déterminants d’une pareille crise sanitaire.




À titre d’exemple, la sécheresse, la déforestation ou les inondations, des crises environnementales, créent des problèmes d’accès à l’eau et à l’alimentation, chose qui pousse les populations à se déplacer et aller vers les zones urbaines surpeuplées. Mais encore, les températures extrêmes font augmenter la présence d’insectes qui iront par la suite transmettre des maladies.
Sans oublier les catastrophes comme les inondations qui peuvent créer des situations de maladies transmissibles par l’eau, explique l’experte. Cinquième élément, ajoute-t-elle, est « la migration des ressources humaines en santé, c’est un phénomène mondial et visible dans plusieurs pays dont le Maroc.
Ces ressources viennent d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine, vers l’Europe et l’Amérique du Nord, et ça laisse des régions très vulnérables aux épidémies, particulièrement exposées avec un déficit de ressources humaines de première ligne ». Tous ces éléments se sont rassemblés et s’influencent les uns les autres pour provoquer une situation particulièrement propice au nouveau coronavirus.




« Dans le cadre de l’approche +un monde, une santé+, c’est-à-dire l’approche One Health, l’OMS collabore avec d’autres agences des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), l’organisation mondiale de la santé animale (OIE) entre autres, sur un système mondial d’alerte rapide et d’intervention sur les maladies animales et leur potentiel de pathologie chez l’Homme », avance la représentante de l’Organisation en présentant les mécanismes de collaboration entre les différentes agences onusiennes dans la prévention des maladies.
« On tire parti de la valeur ajoutée de la combinaison de ces agences, et des mécanismes de coordination entre les trois organisations pour agir sur la santé humaine, la santé animale et l’environnement en même temps et c’est l’approche One Health.
C’est pour cela que l’OMS est engagée dans cette approche avec ses partenaires des nations unies », soutient Mariam Bigdeli. Que fait l’OMS pour combattre d’éventuelles zoonoses face aux prévisions des scientifiques qui voient une augmentation de ce types d’épidémies et pandémies dans le monde?




L’OMS fait « la promotion de la collaboration sectorielle déjà entre les agences des Nations unies et les secteurs qui sont en jeu ». Dans le cadre de la prévention des zoonoses, « il y a un élément qui concerne la surveillance des pathogènes émergeants, les nouveaux virus qui émergent, « une surveillance intégrée chez l’homme, l’animal et dans l’environnement.
Par exemple la surveillance des virus de grippe qui circule chez l’animal, peut nous donner une indication si elle pourra apparaitre chez l’homme ».
Les agences onusiennes font également la surveillance des pathogènes qui circulent dans les eaux usées, des vecteurs de maladies comme les moustiques, sans oublier des « approches qui consistent à préparer les systèmes de santé, parce que si on n’arrive pas à prédire l’émergence d’une nouvelle maladie comme ça a été le cas pour la covid-19, il faut que les systèmes de santé soient préparés à faire face à cette maladie », conclut l’experte.