(Audio) Le ministre des Affaires étrangères du Maroc interviewé par Radio France Internationale

(Audio) Nasser Bourita: «la politique étrangère marocaine n’a jamais été dans le marchandage»




Dans une déclaration pour Radio France Internationale (RFI), le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, réfute l’idée fausse qui laisserait penser à un «deal» entre le Maroc et les Etats-Unis, aux dépens des engagements du Royaume en faveur de la Palestine.




«La politique étrangère marocaine n’a jamais été dans le marchandage, n’a jamais été dans le deal.
Le Maroc a développé des relations avec Israël depuis des années, la reconnaissance officielle ne date pas d’hier, elle date des années 1990. Le Maroc a ouvert un bureau de liaison en 1994 à Tel-Aviv, et il existe toujours.
Il est fermé, mais il est là, il y a un bâtiment, il s’appelle bureau de liaison du Maroc auprès d’Israël, et la même chose à Rabat», a affirmé le ministre marocain des Affaires étrangères, dans une interview accordée à Radio France Internationale.
Nasser Bourita a également souligné que la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara par les USA est le fruit d’un processus de deux ans et demi. Lequel processus a été entamé lors de la visite du conseiller du président américain.




C’était au Maroc en mai 2018, Jared Kushner avait rencontré le Roi Mohammed VI. Les contacts entre le Maroc et les États-Unis ont été permanents, «soit directs, soit à travers des émissaires et des délégations».
Lors de ces contacts, le Maroc n’a eu de cesse de présenter ses arguments, ce qui a fini par aboutir au décret du président Donald Trump, a expliqué le ministre.
En plus, le royaume du Maroc est un acteur important du dossier du Moyen-Orient, un intermédiaire, un «facilitateur» crédible auprès de tous les protagonistes, a-t-il indiqué.
Nasser Bourita a également réaffirmé que «la cause palestinienne est importante pour Sa Majesté le roi, pour le gouvernement marocain et pour le peuple marocain. La reconnaissance de la souveraineté marocaine sur le Sahara pourrait être remise en cause?




Pourrait-elle être remise en cause avec l’arrivée d’une nouvelle administration américaine? Bourita a été on ne peut plus clair, affirmant que le Maroc et les États-Unis sont liés par des relations qui ne dépendent pas de la nature du parti au pouvoir.
«La relation maroco-américaine ne dépend pas des administrations, c’est une relation ancrée dans l’Histoire et c’est une relation ancrée sur des leviers solides.
D’un autre côté, n’oublions pas que les administrations successives démocrates et républicaines ont toujours soutenu l’autonomie proposée par le Maroc. Ils l’ont qualifiée de sérieuse, crédible et réaliste.
Donc le Royaume du Maroc travaillera avec la nouvelle administration, avec le même esprit de partenariat et avec le même levier en faveur de la paix et de la stabilité», a affirmé Bourita.









Ce 10 décembre, les États-Unis d’Amérique ont acté la reconnaissance de la souveraineté du Maroc sur le Sahara occidental, tandis que le Maroc a annoncé la reprise de ses relations diplomatiques avec Israël. Deux décisions historiques concomitantes, qui laissent penser à un « deal » entre le Royaume et Donald Trump, au dépend des engagements marocains en faveur de la Palestine. Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères au Maroc, réfute cette idée, il a été l’invité de Nina Kozlowski sur RFI

RFI: Tout d’abord, dans quel contexte intervient la décision des États-Unis d’Amérique de reconnaître la souveraineté du Maroc sur le Sahara ?
Nasser Bourita: Il vient couronner un processus qui a commencé depuis plus de deux ans et demi, depuis la visite du conseiller du président Jared Kushner au Maroc en mai 2018 et sa rencontre avec Sa Majesté le roi. Un processus s’est déclenché à travers des contacts permanents, soit directs, soit à travers des émissaires et des délégations, qui a permis de présenter des arguments, de présenter des formulations, jusqu’à l’aboutissement qui a été hier à travers le décret présidentiel.




Que répondez-vous à ceux qui estiment que cette reconnaissance américaine s’est faite en échange du rétablissement des relations entre le Maroc et Israël ?
Nasser Bourita: La politique étrangère marocaine n’a jamais été dans le marchandage, n’a jamais été dans le deal. Le Maroc a développé des relations avec Israël depuis des années, la reconnaissance officielle ne date pas d’hier, elle date des années 1990. Le Maroc a ouvert un bureau de liaison en 1994 à Tel-Aviv, et il existe toujours. Il est fermé, mais il est là, il y a un bâtiment, il s’appelle bureau de liaison du Maroc auprès d’Israël, et la même chose à Rabat.
Les contacts ont été permanents, ce qui a été annoncé, c’est une reprise complète des relations diplomatiques, c’est une réactivation des mécanismes qui existaient et qui ont servi depuis des années, à la demande souvent des deux protagonistes, comme un outil de paix et de rapprochement.




Le Maroc est connu, reconnu comme un acteur important du dossier du Moyen-Orient, ce n’est pas parce que le Maroc a des frontières avec Israël, ou parce que le Maroc a un intérêt direct au Moyen-Orient, c’est parce que le Maroc a cette particularité qui fait du Maroc un intermédiaire, un « facilitateur » crédible auprès de tous les protagonistes. Et la réactivation de tous ces mécanismes vient justement servir cette cause-là.
La cause palestinienne est sacrée chez les Marocains, redoutez-vous une réaction hostile de l’opinion publique ?
Nasser Bourita: Bien sûr, la cause palestinienne est importante pour Sa Majesté le roi, pour le gouvernement marocain et pour le peuple marocain. Et Sa Majesté le roi l’a rappelé vendredi, presque dans les mêmes termes, au président israélien et au président palestinien. Sa Majesté le roi a rappelé trois fondamentaux de cette position : l’attachement à une solution sur la base des deux États, un État palestinien et un État israélien; la négociation directe entre Palestiniens et Israéliens comme seul processus pour parvenir à une paix durable; et trois, en tant que président du comité de Jérusalem relevant de l’Organisation de la coopération islamique, le Maroc, Sa Majesté le roi, est attaché à la préservation du cachet islamique de la ville sainte et de l’ouverture de la ville de Jérusalem à tous les pratiquants des trois religions monothéistes.




Le peuple marocain comprend que l’attachement du Maroc à la défense de son intégrité territoriale, que cette percée énorme dans le dossier du Sahara marocain, ne s’est pas faite au détriment, mais servira également la cause palestinienne à travers la réactivation de ces mécanismes.
À partir du 20 janvier, Joe Biden sera le nouveau président des États-Unis, son administration, pourrait-elle revenir sur cette reconnaissance de la pleine souveraineté marocaine au Sahara ?
Nasser Bourita: La relation maroco-américaine ne dépend pas des administrations, c’est une relation ancrée dans l’Histoire et c’est une relation ancrée sur des leviers solides. D’un autre côté, n’oublions pas que les administrations successives démocrates et américaines ont toujours soutenu l’autonomie proposée par le Maroc. Ils l’ont qualifiée de sérieuse, crédible et réaliste. Donc le Maroc travaillera avec la nouvelle administration, avec le même esprit de partenariat et avec le même levier en faveur de la paix et de la stabilité.