(Vidéo) Espagne: Des Marocains sans-papiers exploités par une entreprise de vêtements

(Vidéo) Des Marocains sans-papiers exploités par une entreprise de vêtements d’occasion en Espagne




Un réseau exploitant des Marocains en situation administrative irrégulière a été démantelé samedi à Murcie, révélant les conditions déplorables dans lesquels ils travaillent. Dirigé par un Marocain et ses deux fils, il opérait dans le cadre d’une entreprise exportant vers le royaume des vêtements d’occasion.




Des agents de la police nationale ont démantelé, samedi à Fuente Álamo (Murcie), une organisation criminelle qui se consacrait à l’exploitation des Marocains en situation irrégulière.
Dans un communiqué, cité par des médias espagnols, la police nationale a indiqué que cette organisation, qui opérait sous forme d’entreprise de textile, était dirigée par un Marocain. A
vec ses deux fils, arrêtés pour ces crimes, exploitait 21 migrants marocains, et profitait de leur situation administrative pour les faire travailler dans des conditions inhumaines. L’entreprise de textile était dédiée à l’acquisition de vêtements d’occasion pour la vente et la distribution notamment au Maroc.




Un «semi-esclavage» qui profitait de la «vulnérabilité» des migrants
Cette affaire a fait réagir l’Association des travailleurs immigrés marocains (ATIM). Dans un communiqué publié lundi, elle a exprimé sa condamnation et son rejet devant un nouveau cas d’exploitation.
L’ONG, qui s’est félicité du «démantèlement de cette organisation criminelle camouflée par une entreprise», a dénoncé aussi un «semi-esclavage» qui profitait de la «vulnérabilité et de la situation» de ces migrants afin de «les soumettre à des conditions de travail très dures».
«Cette situation met en évidence que l’exploitation par le travail et l’économie informelle sont installés dans la région de Murcie et qu’il ne s’agit pas d’un cas isolé.




Il s’agit plutôt une pratique habituelle d’un groupe bien nourri du tissu entreprenuerial, indépendamment de l’origine, de la nationalité ou de l’ethnie de l’employeur.»
L’ONG a ainsi exhorté le ministère du Travail à renforcer et à intensifier les inspections et le gouvernement local à promouvoir la mise en œuvre et le renforcement d’une politique d’éradication de l’économie informelle.
«Nous réclamons un travail décent afin que le marché du travail ne se détériore pas au détriment de travailleurs vulnérables et que des exploitants ne continuent pas à récolter d’énormes sommes d’argent grâce aux travailleurs et la déréglementation du marché du travail», conclut le communiqué.




Crimes envers les droits des travailleurs
Dans un témoignage relayé par El Espanol, Aziz, l’un des Marocains exploité par ladite entreprise, raconte que son compatriote lui aurait promis, il y a deux ans, de lui «faire un contrat de travail» et de l’«aider à régulariser» sa résidence en Espagne.
«Au final, j’ai travaillé deux ans sans contrat et je suis toujours sans papiers», ajoute-t-il.
«Il s’appelle M., et il est Marocain. Il allait dans les bars de Fuente Álamo à la recherche de migrants clandestins pour travailler dans son entreprise de vêtements d’occasion», confirme ce jeune homme de 23 ans, originaire d’Oujda. Il explique aussi qu’il n’a eu d’autre choix que d’accepter les conditions de travail misérables.




Ces conditions de travail misérables étaient imposées par son compatriote marocain. «
Nous avons tout fait : Décharger des camions, déplacer des chariots de vêtements d’occasion, les trier par taille, les emballer», détaille-t-il, en regrettant ne pas avoir «gagné assez pour envoyer de l’argent» à sa famille au Royaume du Maroc.
Dix heures de travail par jour pour récolter 400 à 448 euros par mois, dans le meilleur des cas. Un policier local confirme l’activité de l’entreprise textile familiale susmentionnée. «L’homme d’affaires et ses deux enfants sont marocains et ramassaient des vêtements usagés dans je ne sais combien d’endroits.




Ceci pour les préparer dans d’immenses entrepôts et les envoyer au Maroc. L’agent ajoute que pendant plus d’un an, le mouvement des personnes avait retenu l’attention de la police. Une première visite des lieux n’a rien donné, car les migrants ont été cachés.
Le réseau utilisait aussi des «voitures camouflées pour surveiller la zone» et se prémunir contre toute intervention surprise des autorités.
Le dirigeant du réseau et ses deux fils ont finalement été appréhendés, après une deuxième perquisition des lieux. Ils ont été mis à la disposition du tribunal d’instruction de Carthagène pour leur participation à un crime contre les droits des travailleurs.