(Vidéo) Quand feu Hassan II s’adressait aux juifs marocains

(Vidéo) Quand feu Hassan II s’adressait, dans un discours émouvant et visionnaire, aux juifs marocains dAmérique du nord




Dans cette vidéo d’archive, le défunt Roi Hassan II s’adresse à des membres de la communauté juive marocaine d’Amérique du nord, dans un discours intimiste qui a tiré bien des larmes mais aussi des rires aux convives. Un discours aussi émouvant que visionnaire à bien des égards.




Alors que le Maroc et Israël célèbrent la reprise de leurs relations diplomatiques, et que les témoignages chargés d’émotion abondent dans les deux pays, cette vidéo d’archives d’un discours adressé par le défunt Roi Hassan II à la communauté judéo-marocaine d’Amérique du Nord apporte un précieux éclairage sur l’actualité du moment.
«Je pense que vous comprenez encore l’arabe», débute le roi Hassan II, en s’adressant à plusieurs dizaines de personnes issues de la communauté judéo-marocaine installée en Amérique du Nord.
Un petit trait d’humour et de finesse, digne du défunt monarque, qui ce jour-là s’adresse en arabe à ceux qu’il nomme à plusieurs reprises «ses sujets». Debout face à l’assistance, accompagné des membres de la famille royale, le souverain salue les convives, debout devant lui.




Ceci en évoquant dans les salutations de coutume le prophète Mohammed ainsi que le prophète Moïse. En évoquant les émotions et l’expression de la marocanité toujours aussi forte de cette communauté ainsi que son attachement au trône, le souverain remercie son assistance et évoque «ces moments forts» vécus ensemble et qu’il «n’oubliera jamais».
Puis, le défunt Roi Hassan II poursuit son discours en évoquant une anecdote, ô combien symbolique, qui va susciter une vive émotion dans l’assistance.
«J’ai un ami juif en France, qui n’est pas marocain et qui s’appelle le Professeur Steg», annonce-t-il, avant de faire rire son public en précisant: «Dieu merci je ne suis pas son patient, mais je le connais depuis longtemps». Et de poursuivre, en évoquant les propos qu’il a tenu à ce professeur.




«Dans notre religion, la célébration des fêtes religieuses qu’elles soient chrétiennes ou juives est un devoir pour tous les musulmans. Nous savons quand est né Jésus, mais nous voudrions aussi prier pour le prophète Moïse la nuit de sa naissance.
Il m’a dit que le calendrier juif étant lunaire, chaque année la date de cette journée se décale de deux ou trois jours et l’année dernière c’était en février. Mais en général, c’est en Mars. Alors je lui ai demandé que chaque année, deux ou trois jours avant cette date, il me prévienne du jour exact de la fête.
Et depuis lors, ça fait maintenant sept ou huit ans, il m’écrit pour m’informer de la date de mort du prophète Moïse, que la paix soit sur lui, et il signe par ‘votre muezzin Steg’». Le défunt souverain poursuit ensuite son anecdote avec la verve qui le caractérise.




«Donc chaque année, je fais partie des rares musulmans qui prient cent fois pour l’âme de notre prophète Moïse cette nuit-là. Et en priant sur son âme, j’ai une pensée pour chaque juif marocain à travers le monde.
Je prie pour lui en lui souhaitant le bonheur et je demande à Dieu qu’il revienne dans son pays, qu’il s’y promène, qu’il le visite, (…) qu’il se recueille dans les cimetières». Des paroles chargées d’émotion et de sens qui tirent des larmes à l’assistance, visiblement très émue.
«Vous êtes nos sujets» poursuit-il. «Vous avez une grande particularité par rapport aux autres juifs. Vous pouvez demander à n’importe lequel où est ton père, où est enterré ton grand-père, où as-tu grandi? Il répondra qu’il ne sait pas. Mais à vous, Dieu a donné une bénédiction incroyable», annonce le roi Hassan II en précisant sa pensée.




«Premièrement, vous avez précédé les Arabes au Maroc. Certains historiens disent, et je ne sais pas si c’est vrai ou pas, que plutôt que de suivre le prophète Moïse et de traverser la mer rouge pour aller vers l’Est, certains ont eu peur de la mer et sont venus jusqu’ici». «Dieu merci ils sont venus ici et ils s’y sont installés», énonce-t-il dans une prière.
«Vous pouvez non seulement dire voilà où sont enterrés vos parents et vos grands-parents, mais vous avez aussi un équilibre et je veux que vous en preniez soin.
Cet équilibre est à la fois culturel et religieux, et il est bien connu de tous que l’école talmudique marocaine est la meilleure école talmudique au monde», poursuit-il enfin, en évoquant le profond ancrage au Maroc de la communauté judéo-marocaine à travers les siècles. Déclenchant les rires de l’assemblée, le souverain décrète: «bien sûr, les rabbins chez nous sont un peu durs».




Mais explique-t-il, «tous les rabbins du monde viennent les consulter pour savoir ce que dit la religion hébraïque authentique. Ils ne vont pas ailleurs pour en savoir plus sur leur religion, ils viennent au Maroc. Comme vous qui recherchez le Maroc pour découvrir votre culture et vos origines».
Le défunt souverain conclut son discours avec plusieurs prières adressées à ses sujets, en priant notamment Dieu «qu’il préserve pour toujours ce lien entre vous et votre pays». «Dites Amen», les invite le Roi avant que ceux-ci prient à l’unisson en répétant en chœur, «Amen».
«Soyez assurés, toujours, que comme nos parents, nos grands-parents, et comme nos enfants et nos petits-enfants, vous serez vous comme vos frères musulmans, une part de nous et nous aurons toujours pour devoir de préserver vos droits, votre sécurité et votre liberté», conclut enfin le souverain.