(Vidéo) Mantes-la-Jolie: le restaurateur franco-marocain qui offre des repas gratuits aux jeunes précaires

(Vidéo) Mantes-la-Jolie : Un restaurateur franco-marocain propose des repas gratuits aux jeunes précaires




Hausse des suicides, précarisation et détresse des étudiants ont poussé le restaurateur franco-marocain Brahim Bourkia à diffuser largement une annonce, où il appelle tout jeune privé de repas à cause de sa situation financière à venir manger gratuitement à L’étoile de Fès, à Mantes-la-Jolie.




En quelques jours, son initiative a été relayée des centaines de fois sur les réseaux sociaux. Propriétaire de L’étoile de Fès à Mantes-la-Jolie, Brahim Bourkia a lancé un appel pour que tout écolier, collégien, lycéen, étudiant universitaire ou jeune en situation précaire puisse trouver un point de restauration où se servir gratuitement.

En fonction des jours, ce restaurant montvillois qui se trouve à côté de deux lycées reçoit désormais des dizaines de demandes quotidiennes. De ses fonds propres, Brahim veille à les satisfaire toutes.






Une contribution pour aider les étudiants au bord du suicide

Né à Mantes-la-Jolie de parents marocains originaires de Fès, Brahim Bourkia a ouvert son restaurant à sandwichs en 2017. Il n’en est pas à sa première action de repas gratuits. Mais son récent appel a trouvé un large écho, car lancé dans un contexte de pandémie où les étudiants ont du mal à faire entendre leurs souffrances vécues dans la solitude.

«Il y a une dizaine de jours, j’ai été profondément interpellé par la vague de suicides chez les étudiants qui ne pouvaient plus se fournir un repas, faute de ressources financières durant la crise sanitaire. Cela m’a fait beaucoup de peine de voir à quel point ils souffraient.» «Un déjeuner, parfois un café ou seulement une conversation peut faire un peu de bien à des personnes qui se retrouvent seules à gérer une situation pareille», a affirmé le restaurateur.

Il a été touché par la difficulté des étudiants à verbaliser ce qu’ils traversent. «Beaucoup sont mal, car ils éprouvent une certaine honte de passer par là et ils n’osent pas en parler, mais ça peut arriver à tout le monde de ne pas avoir d’argent», estime-t-il.




Une tradition de solidarité et de partage dans la discrétion

Par souci de discrétion, Brahim Bourkia a mis à la disposition un numéro de téléphone professionnel rattaché à WhatsApp, pour prendre les commandes. Les demandeurs peuvent passer les récupérer plus tard. L’organisation de cette initiative n’a pas été une tâche ardue, pour celui qui a l’habitude d’aider autour de lui.

C’est le cas en période de fêtes de fin d’année, durant lesquelles le restaurant L’étoile de Fès a accueilli et servi des sans-abris en 2019. «Dès l’ouverture de l’enseigne, nous avons proposé nos menus aux gens qui n’ont pas toujours de quoi se payer un déjeuner, aux sans-abris, aux mamans en difficultés financières, divorcées avec des enfants à qui elles ne peuvent pas offrir un sandwich ou un tacos quand leurs petits en veulent…

Cet espace se veut comme une conception de « ddar lekbira ». Toute personne qui frappe à notre porte doit être accueillie et servie comme elle est.» Autant dire que la solidarité fait partie de l’identité du restaurant.




Cette tradition a été transmise par les parents de à Brahim, arrivés en France il y a plus de trente ans. Il nous raconte que son père a lui-même été restaurateur. «Dans les années 1980, il a ouvert un snack, qui s’appelait justement L’étoile de Fès, avant de mettre en place un deuxième, qu’il a appelé Jnane Fès, en hommage à notre ville d’origine où j’allais passer mes vacances d’été», confie-t-il.

Pour faire honneur à ces valeurs et à son père, Brahim Bourkia décide de reprendre le nom du restaurant où, enfant, il a vu les plus nécessiteux de Mantes-la-Jolie accueillis à bras ouverts et servis gratuitement. Le propriétaire promeut également le «cheeseburger suspendu» depuis deux ans.

A chaque passage de commande, ses clients peuvent payer un sandwich pour un démuni. Tous les mois, cette opération finance une dizaine de burgers, livrés à travers les maraudes de l’Association Mantes solidaire. Au dernier réveillon, l’initiative a permis de distribuer une cinquantaine de sandwichs aux sans-abris.