Nouveaux bus vandalisés à Casablanca: qui est responsable ?

Nouveaux bus vandalisés à Casablanca: qui est responsable ?




La responsabilité directe des mineurs qui ont vandalisé les nouveaux bus de Casablanca ne saurait éluder celle, plus large, des parents, du système éducatif et de l’État en général.




Bus vandalisés, vitres cassées et même un chauffeur blessé suite à des jets de pierre. Les actes de vandalisme ayant touché, le weekend dernier, la nouvelle flotte des bus de Casablanca, commis par des mineurs, soulèvent plusieurs questions sur les origines d’une forme d’expression choisie par ces adolescents. Ils interpellent aussi sur le rôle de tout un chacun dans la transmission de valeurs telles la citoyenneté, le bien commun ou encore le respect.

Alors qu’une campagne de sensibilisation a été lancée par des internautes sur les réseaux sociaux après ces actes, beaucoup ont tendance à pointer du doigt la responsabilité des parents dans l’éducation de leurs enfants. Cette responsabilité réduite au cercle familial ne convainc pas certains spécialistes.




«La responsabilité prend en considération plusieurs parties, car ce problème récurrent ne peut être imputé uniquement aux familles et aux parents de ces enfants qui commettent les actes de vandalisme», nous déclare ce mardi le psycho-sociologue Mohssine Benzakour.

Pour l’expert, «les familles ayant de mauvaises conditions de vie, ou des situations particulières telles que le divorce ou encore celles vivant dans des quartiers pauvres connus pour la drogue et la criminalité ont du mal à élever des personnes avec des relations équilibrées». «Pour que les familles soient responsables et élèvent des enfants qui deviendront des adultes responsables, le pays doit aussi leur offrir l’environnement adéquat et le gouvernement doit au moins assurer la sécurité de ces familles, en termes de soins de santé et financièrement».




Une responsabilité collective

Mohssine Benzakour considère que l’école a également sa part de responsabilité. «Malheureusement, de nos jours, les écoles ne remplissent qu’une seule de leur mission, à savoir l’enseignement, hors éducation.

Le nombre d’activités culturelles et sportives qui occupent les élèves a diminué. Ils se retrouvent assis à l’école, obligés de rester immobiles sans pouvoir dépenser cette énergie qu’ils ont à cet âge», ajoute-t-il.

L’occasion de pointer du doigt la responsabilité des départements ministériels chargés des jeunes, car «le manque d’activités familiales, scolaires, sportives et culturelles sont à l’origine de ce phénomène».




«Sans ces éléments, les jeunes ne comprennent pas pourquoi ils doivent garder ce bus propre ou en état de marche. C’est un message clair adressé au gouvernement et aux autorités : au fond, quelque chose ne va pas.»

De son côté, le sociologue Abdeljabbar Boucetta évoque «plusieurs dimensions» pour expliquer cette «forme de violence qui constituent une façon d’exprimer, chez certaines personnes, des troubles socio-psychologiques».

Il évoque ainsi la dimension sociologique, pointant du doigt une probable «exclusion ou marginalisation sociale» ou même le délitement des liens sociaux de ces mineurs au sein de leurs familles.




Des limites de l’éducation et de la sensibilisation

«Pour la dimension économique, nous pouvons évoquer la vulnérabilité et la pauvreté qui créent un sentiment de privation, elle-même engendrant la rancune. De plus, cette catégorie est peut-être victime de troubles psychologiques provoqués par l’environnement dans lequel ces jeunes vivent», ajoute-t-il.

«Nous parlons aussi, sur le plan moral, des valeurs qu’ils ont pu assimiler lors de leur évolution au sein de la société. J’insiste à cet égard sur celle du respect. Ces mineurs adoptent-ils cette valeur pour ce qui est du bien commun, comme les bus, les jardins publics ? Il faut interroger sérieusement notre manière d’éduquer ces enfants de façon à ce qu’ils deviennent des citoyens.»




Pour le chercheur en sociologie, «il faut éduquer nos enfants en leur inculquant des valeurs comme la civilité, la citoyenneté, le respect des autorités, des enseignants, de l’autre, que ce soit un être humain, un animal ou l’environnement». Fouad Belmir insiste, quant à lui, sur le rôle de la sensibilisation en insistant sur les valeurs citoyennes. «L’approche sécuritaire et l’éducation doivent s’ajouter à la sensibilisation», plaide le sociologue.

«À Casablanca par exemple, les autorités locales devraient présenter aux habitants la nouvelle flotte de bus avant son lancement et expliquer aux jeunes notamment que le Maroc et les Marocains ont contribué à leur fabrication et les impliquer dans ce processus», ajoute-t-il.




«Il est très important de faire comprendre à ces jeunes que le pays a besoin d’eux, de leur faire visiter ces bus. N’oublions pas non plus la psychologie des foules et comment ces jeunes agissent parfois en groupe sans penser aux conséquences.» Mais pour Abdeljabbar Boucetta, «l’éducation et la sensibilisation peuvent montrer des limites».

«Nous avons besoin de comportements, que nos jeunes voient en nous l’exemple à suivre», explique-t-il, en insistant sur le rôle de la société civile pour intervenir dans ce genre de cas. «Ces mineurs doivent intégrer des associations ou des clubs et il faut, à mon avis, revisiter à nouveau notre concept de l’éducation», conclut-il.