Le 29 février 1960, 15 secondes ont suffi pour détruire ¾ de la ville d’Agadir

Le 29 février 1960, 15 secondes ont suffi pour détruire ¾ de la ville d’Agadir




1960, une année bisextile qui restera gravée dans les mémoires des habitants d’Agadir. Les kilomètres de plages que nous connaissons de la capitale du Souss aujourd’hui pansent en fait de terribles blessures. Pratiquement rayée de la carte, les ¾ de la ville ont été détruits par le tremblement de terre le plus meurtrier de l’histoire du Maroc.




Nous sommes le 29 février 1960 et en plein mois de ramadan. Certains, fatigués de la journée éreintante du mois sacré, s’enveloppent dans les bras de Morphée ; d’autres, préparant le jour d’après dont ils ne voyaient pas les prémices arriver, prenaient le repas du soir. Il est 23h40 quand soudain… la terre, jusque là paisible, se rappelle aux Hommes.

Un violent tremblement de terre de magnitude 5,7 sur l’échelle de Richter secoue les habitants d’effroi. La ville couve une faille sismique qui ne fait qu’amplifier la secousse tellurique. L’épicentre du séisme situé juste en dessous de la ville s’ajoute à la brutalité et la violence du choc. Rapidement, la ville est plongée dans l’obscurité.




Les secousses violentes et brèves, ont duré 15 longues secondes. Mais elles n’ont laissé derrière elles que ruines. «Le quartier marocain du Talbrojt fut détruit à près de cent pour cent. Des centaines, et je le crains, des milliers d’habitants sont encore sous les décombres. Il ne reste pas pierre sur pierre.

Le minaret qui dominait cette partie de la ville a été abattu et ressemble maintenant à la tour Hassan de Rabat, détruite dans des circonstances semblables au 17e siècle. La casbah qui, au sommet de la montagne, s’élève au-dessus d’Agadir et qui faisait l’admiration des touristes en croisière, a été rasée», écrivait le journaliste du Figaro, André Lagny, dépêché sur place au lendemain de la tragédie.




Une ville rasée…

D’un autre côté, les quartiers populaires situés près de la montagne ont été rasés. Mais la cité balnéaire ne comptaient pas ses habitants. Des milliers d’expatriés s’y sont installés et des milliers de touristes y étaient en vacances. Tout le monde a été touché comme le relate encore André Lagny : «Les dix hôtels de la station balnéaire sont détruits.

De nombreux touristes sont prisonniers de dalles de béton qui ont écrasé toutes les chambres. Un immeuble de dix étages, connu sous le nom de Building Consulaire n’est plus qu’un tumulus de deux ou trois mètres de haut, où sont emprisonnées toutes les familles qui y dormaient quand le séisme s’est produit.» Son récit macabre se poursuit.




«Le gouverneur de la ville, M. Bouamrani, a perdu trois enfants ; le consul de France, M. Jeudi, pleure son fils Philippe ; le commandant de la gendarmerie royale ne reverra plus sa petite fille; des familles entières ont péri. Les secours furent rendus très difficiles, car les hommes des trois compagnies de l’armée marocaine, stationnées à Agadir, étaient eux-mêmes bloqués par les décombres de leurs cantonnements.

Il en fut de même pour les gendarmes dont l’immeuble a été détruit. Le même sort fut réservé aux deux tiers des effectifs de la police dont les bâtiments sont soit démolis soit gravement endommagés». Les seuls endroits qui ont résisté au choc, le port et la base navale, sont pris d’assaut par les survivants.




…mais reconstruite plus tard.

Au lendemain, devant le choc et la surprise de la nature, les autorités marocaines n’ont pas tout de suite pu établir avec exactitude, le bilan des victimes. Il sera lourd. La ville a perdu le tiers de sa population, soit 15.000 âmes. Plus de 25.000 blessés sont à déplorer.

«Je suis arrivé dans une ville morte, une ville foudroyée, sans autre présence humaine que celle de sauveteurs qui s’efforcent depuis trente heures, inlassablement, d’arracher aux décombres les survivants qui s’y trouvent encore», décrit Gerard Martin du Figaro le 3 mars. Néanmoins, inlassablement, les secours ont continué à tenter de dégager les personnes prisonnières des décombres, si ce n’étaient des cadavres de personnes mortes asphyxiées ou ensevelies sous les gravas. «Il faudra raser la ville pour en construire une autre.




Il faudrait que vous journalistes étrangers, vous soyez nos interprètes auprès des autres nations pour qu’elles manifestent leur esprit de solidarité et que l’on puisse d’ici un an reconstruire Agadir », avait déclaré Feu Hassan II, à l’époque prince héritier et à qui le roi Mohammed V avait confié la direction des opérations de sauvetage.

C’est également le prince Moulay Hassan qui supervisera la reconstruction d’une ville meurtrie plongée depuis cette effroyable nuit, dans les ruines de l’horreur. Le roi Mohammed V ne posera la première pierre de cette reconstruction que le 30 juin 1960. Plusieurs décennies plus tard, Agadir, reconstruite plus au sud, est aujourd’hui, la 2ème ville touristique du Maroc mais aussi une station balnéaire de 600.000 habitants. Un titre qui n’effacera pas les stigmates de ce tragique 29 février 1960.