Charlie Hebdo se met à dos les anglais et les américains

Avec sa nouvelle une provocatrice, Charlie Hebdo a réussi à se mettre à dos à la fois les anglais et les américains




La liberté d’expression a ses limites, même au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Pour les anglo-saxons, il est en effet inconcevable de rire de tout, et surtout quand le sujet de la moquerie altère le maintien de la cohésion sociale et porte atteinte à certaines valeurs.




La cote de popularité de Charlie Hebdo a fortement chuté au Royaume-Uni mais aussi aux États-Unis, depuis la publication de sa nouvelle Une, mercredi 10 mars.

Le journal satirique français, régulièrement accusé d’islamophobie, de racisme et de sexisme, n’a en effet pas résisté à l’envie de rebondir sur l’interview fracassante accordée par Meghan Markle et le prince Harry à Oprah Winfrey, sur la chaîne CBS.

Il s’est inspiré des accusations de racisme portées par Meghan Markle à l’encontre de Buckingham Palace, lorsque celle-ci a évoqué des inquiétudes au sujet de la couleur de peau de son fils Archie.




L’hebdomadaire a représenté sur sa couverture la duchesse de Sussex, couchée sur le ventre, étouffant sous la pression du genou de la reine Elizabeth II, laquelle apparait agenouillée sur la nuque de sa belle-fille, l’air diabolique.

«Pourquoi Meghan a quitté Buckingham?», titre le journal. «Parce que je ne pouvais pas respirer», souffle Meghan Markle, dans un sous-titre à l’humour plutôt douteux.

Le rapprochement avec la mort par asphyxie de Georges Floyd causée par un policier blanc ne fait aucun doute, et Outre-Manche, on s’offusque de cette atteinte à la figure de la Reine déjà passablement écornée par l’interview choc.




Celle de Meghan Markle et du prince Harry, et suite à laquelle la cote de popularité du couple a fortement baissé au Royaume-Uni. En découvrant cette Une provocatrice, les Britanniques ont exprimé en masse leur colère sur les réseaux sociaux.

Jalima Begum, présidente du groupe de réflexon sur l’égalité raciale The Runnymede Trust s’est insurgée sur Twitter en déclarant: «la Reine en tant que meurtrier de George Floyd écrasant le cou de Meghan?

Meghan disant qu’elle est incapable de respirer? Cela ne repousse pas les limites, ne fait rire personne ou conteste le racisme. Cela rabaisse les problèmes et offense, à tous les niveaux».






Un point de vue largement partagé sur Twitter où les internautes ont dénoncé un journal qui a construit sa réputation sur l’islamophobie et le racisme et qui a pris pour habitude d’instrumentaliser l’oppression et l’injustice pour faire rire et vendre.






«C’est ça la liberté d’expression?», s’interroge une jeune femme sur Twitter.

«Le racisme, l’irrespect et l’offense passent sous prétexte de satire», poursuit-elle. «Désolée mais pas de «je suis» pour moi», conclut-elle en en dénonçant ce qui s’apparente, selon elle, à de l’incitation à la haine.


Même son de cloche aux Etats-Unis, où le fait de rire de la mort de Georges Floyd ne passe pas du tout. Et pour cause, dans la culture anglo-saxonne, on ne se permet pas d’user d’ironie quand il s’agit de facteurs constitutifs de l’identité d’une personne, ou au nom de la laïcité.

Il est ici question d’une conception du vivre-ensemble et d’une volonté de maintenir la cohésion de la société. Un point de vue que l’on ne partage vraisemblablement pas en France. Du moins chez Charlie Hebdo.