Maroc-Algérie: «Ce jeudi 18 mars a été décrété journée de deuil à Figuig»

Maroc-Algérie : «Ce jeudi 18 mars a été décrété journée de deuil à Figuig»




Depuis ce jeudi matin, les rues de Figuig sont pratiquement vides, en ce jour de grève générale où les habitants protestent contre les déplacements des agriculteurs et héritiers marocains des terres d’El Arja.

L’armée algérienne avait donné un délai jusqu’au 18 mars pour que les propriétaires quittent la zone. Ce jeudi 18 mars, l’ultimatum posé par l’armée algérienne aux propriétaires et héritiers marocains pour quitter l’oasis d’El Arja, au nord-est de Figuig, est arrivé à expiration, sans intervention des autorités marocaines.

À Figuig, où des marches et des manifestations se sont organisées quotidiennement, les rues ce matin étaient pratiquement vides et tous les commerces sont fermés. «Toutes les activités sont gelées dans la ville pour exprimer la protestation et la colère des habitants».




C’est ce qu’a indiqué l’acteur associatif Mohamed Ammari. Cependant, les entrées de la ville connaissent une forte présence de la police marocaine.

Aujourd’hui a ainsi été décrété «jour de deuil» à partir duquel les propriétaires privés sont désormais empêchés de se rendre sur leurs parcelles, riches de palmiers dattiers mais également source centrale de matières premières pour la construction et le bâtiment à Figuig.

Pour l’acteur associatif local, intéressé par l’histoire de la région, Abdeljabbar Jebbari il s’agit d’«un revers dangereux où Figuig est une nouvelle fois amputée de ses terres et où le Maroc est dépossédé d’une partie de son territoire, après qu’il en a été dépossédée à plusieurs reprises par le passé et dans la même zone».




Les héritiers des Oulad Slimane revendiquent leurs propriétés privées

Les agriculteurs, propriétaires privés et héritiers des terres collectives de Oulad Slimane à El Arja sont en effet intransigeants.

«Nous n’avons pas travaillé une terre qui ne nous appartient pas, d’autant plus que nos documents attestent que nos parents et nos grands-parents y ont investi leur argent pour fructifier les palmiers dattiers», assure Abdelmalek B., agriculteur à El Arja où il a repris les terres de ses aïeux en 1992.

Ce dernier montre en effet des documents juridiques, fonciers, notariaux et fiscaux, attestant que son terrain est en possession de sa famille depuis au moins les années 1930, les impôts ayant toujours été payés au fisc marocain à Jerada.




Bien des années après l’indépendance, l’intervention institutionnelle du Maroc a encore été opérée. «Entre septembre et octobre 2008, lors de la crue de l’oued El Arja impactant nos parcelles, nous avons constitué nos dossiers en tant qu’agriculteurs propriétaires impactés par le drame.

Nous les avons déposés auprès du ministère marocain de l’Agriculture, qui nous a bien indemnisés en nous octroyant de nouveaux lots de plants de palmiers dattiers, en fonction du degré de pertes que chaque exploitant devait couvrir», affirme Abdelmalek B.

De plus, Abdeljabbar Jebbari rappelle qu’«à cette date-là, une commission spéciale constituée de ministres et de conseillers s’est déplacée depuis Rabat pour constater les dégâts.




La Gendarmerie royale et la Sûreté nationale sont venues sur les lieux et ont dressé leurs procès-verbaux à la suite des inondations».

«Si ce territoire ne relevait pas en effet de la souveraineté marocaine, comment expliquer que l’administration marocaine ait toujours été l’intervenant institutionnel à El Arja et aussi celui de référence pour les agriculteurs locaux ?», s’interroge-t-il.

Dans ce sens, Abdeljabbar Jebari estime que «la convention maroco-algérienne relative au tracé des frontières en 1972 fait l’objet d’un grand malentendu en termes de lecture». Objet de débat, c’est cet accord qui a été la référence de l’armée algérienne pour exiger le départ récent des habitants locaux.




Faisant allusion à la situation de «l’oued sans nom», considéré dans ce texte comme une barrière naturelle faisant office de frontière entre les deux pays, l’associatif affirme que «la population locale et les enfants de cette terre connaissent mieux cette dernière et savent que chaque oued pour nous a un nom».

«Celui de l’oued « sans nom » est en réalité l’oued el maleh, de l’autre côté des crètes frontalières effectivement, et où nos aïeux s’approvisionnaient en sel, mais non pas celui qui travers le nord-est de Figuig et qui s’appelle bien oued El Arja.

Nous ne le dirons jamais assez, rien ne peut remplacer une terre pour ceux qui y sont nés et ont investi toute leur fortune.»




Les accord de 1972 en débat

Pour l’associatif, «ces inductions en erreur ne peuvent pas émaner des enfants des terres concernées qui savent bien situer chaque oued, actif ou asséché et si des terres étaient redevables à d’autres parties, les Figuiguis auraient étaient les premiers à les rendre à qui de droit».

Déplorant la réaction des autorités locales qui a qualifié ces déplacements de mesure «temporaire et conjoncturelle», Abdeljabbar Jebari raconte les coulisses de la récente réunion tenue avec des représentants Oulad Slimane. «Le pacha a rencontré des personnes qui exprimaient leur colère de se voir dépossédés de tout.

Sa réaction face à cela a été de leur demander qu’est-ce qu’eux proposent», a-t-il fustigé, exprimant sa déception quant au «manque de soutien et d’accompagnement de ces personnes qui traversent un moment difficile».




Par ailleurs, les agriculteurs ne seront pas les seuls à être impactés par le déplacement. «Les parcelles d’El Arja constituent un véritable espace d’emplois directs et indirect de plusieurs professions, entre techniciens, spécialistes du pompage et de plusieurs autres métiers rattachés au travail agricole».

Il s’interroge avec inquiétude sur le devenir «des jeunes générations qui travaillent sur les lieux et qui, du jour au lendemain, se retrouvent sans rien».

Ce jeudi, il indique que «toute la population de Figuig de mobilisera à travers une marche par milliers, femmes, hommes et enfants, car il s’agit d’une question nationale». Selon lui, «la grève générale a déjà commencé avant le 18 mars et plusieurs activités et secteurs économiques ont été immobilisés dans la ville».