Téhéran et Moscou critiquent la décision de Londres de renforcer son arsenal nucléaire

Nucléaire: L’Iran et la Russie critiquent la décision du Royaume-Uni de renforcer son arsenal




L’Iran et la Russie ont critiqué hier, mercredi 17 mars 2021, la décision du Royaume-Uni d’augmenter le plafond de son arsenal nucléaire, une première depuis la chute de l’Union soviétique, Téhéran dénonçant une « hypocrisie » et Moscou une atteinte à la stabilité mondiale.




Le Royaume-Uni a annoncé mardi son intention de porter son arsenal nucléaire de 180 à 260 ogives d’ici la fin de la décennie, au terme de sa revue stratégique en matière de sécurité, de défense et de politique étrangère, la première depuis la sortie complète du pays de l’Union européenne.

Londres a critiqué à plusieurs reprises l’Iran pour avoir repris certaines parties de son programme nucléaire civil auquel il avait renoncé dans le cadre d’un accord international conclu en 2015 mais dénoncé unilatéralement trois ans plus tard par l’ancien président américain Donald Trump.

« Faisant preuve d’une hypocrisie totale (le Premier ministre britannique Boris Johnson déclare être) préoccupé (par les capacités nucléaires de l’Iran mais) annonce que son pays va augmenter ses stocks de bombes atomiques », a tweeté le ministre des Affaires étrangères iranien, Mohammad Javad Zarif, dans la nuit de mardi à mercredi.








« Contrairement au (Royaume-Uni) et à ses alliés, l’Iran considère que les bombes atomiques et toutes les (armes de destruction massive) doivent être éradiquées », a ajouté Mohammad Javad Zarif.

Le Royaume-Uni s’est également attiré les critiques de la Russie après la publication de son rapport qui érige aussi Moscou en menace majeure pour le pays et témoigne d’une volonté de se focaliser sur la région indo-pacifique.

« Nous regrettons beaucoup que le Royaume-Uni ait choisi la voie de l’augmentation de ses armes nucléaires », a relevé le porte-parole de la présidence russe Dmitri Peskov.

« Cette décision nuit à la stabilité mondiale et à la sécurité stratégique », a-t-il ajouté.

Mercredi, le Royaume-Uni a insisté sur le fait que l’augmentation du nombre d’ogives était le « minimum » nécessaire pour maintenir sa capacité de dissuasion nucléaire.

Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab a désigné mercredi la Russie et l’Iran, ainsi que la Corée du Nord, comme des Etats coupables d' »opportunisme prédateur ».








« Nous nous assurons que nous pouvons maintenir, au minimum, une dissuasion crédible », a déclaré Le ministre britannique des Affaires étrangères Dominic Raab lors d’une allocution virtuelle au Forum sur la sécurité d’Aspen, aux États-Unis.

« Nous voulons voir un monde sans armes nucléaires mais (…) je ne pense pas que cela se produira en renonçant unilatéralement à l’ultime politique d’assurance dont nous avons besoin et, avec respect, dont les États-Unis ont besoin », a-t-il ajouté. La France, elle-même puissance nucléaire, a dit qu’elle respectait « pleinement » la décision du Royaume-Uni.

« La décision du Royaume-Uni, partenaire stratégique et puissance alliée de la France, d’augmenter le plafond de son arsenal nucléaire est une décision souveraine.




Nous la respectons pleinement », a déclaré la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Aux termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), entré en vigueur en 1970 et dont il est membre, le Royaume-Uni est l’un des rares États reconnus comme étant « dotés d’armes nucléaires ».

Également signataire de ce texte, l’Iran appartient à la catégorie des « Etats non dotés d’armes nucléaires » et qui se sont engagés, par ce traité, à n’en jamais « fabriquer (ou) acquérir ».

L’article VI du Traité engage chacun des signataires à « poursuivre de bonne foi des négociations sur des mesures efficaces relatives à la cessation de la course aux armements nucléaires à une date rapprochée et au désarmement nucléaire ».




L’Iran nie toute ambition de fabriquer la bombe atomique, bien que son ennemi juré, Israël, qui est largement soupçonné de maintenir son propre arsenal nucléaire non déclaré, l’accuse de chercher à s’en doter.

L’accord nucléaire conclu à Vienne en 2015 avec l’Iran -que le Royaume-Uni et d’autres gouvernements européens cherchent à relancer, dans le sillage de l’arrivée du démocrate Joe Biden à la Maison Blanche-, était une tentative d’apaiser ces inquiétudes.

À la suite de la décision des États-Unis de se retirer de ce pacte et de déclencher une avalanche de sanctions économiques et financières contre la République islamique, l’Iran s’est affranchi, depuis 2019, de la plupart de ses engagements pris à Vienne et censés prouver qu’il ne cherche pas à obtenir la bombe A.