El Mundo invente un entretien fictif avec Nasser Zefzafi, son père dément

El Mundo invente un entretien fictif avec Nasser Zefzafi, son père oppose un formel démenti




Le quotidien espagnol de droite El Mundo a publié le dimanche 25 avril dernier une supposée interview de Nasser Zefzafi, condamné à 20 ans de prison dans le cadre des événements d’Al Hoceïma. Un entretien totalement fictif, d’après Zefzafi père, et dont l’intention est de jeter de l’huile sur le feu des récentes tensions entre Rabat et Madrid.




Aussi bien le fond, la forme, que le timing de l’interview, posent de nombreuses questions. Et c’est ainsi que Nasser Zefzafi, une des personnes arrêtées et condamnées à 20 ans de prison dans le cadre des événements d’Al Hoceima, aurait accordé, en plein désaccord diplomatique entre Rabat et Madrid, une interview à El Mundo, un quotidien espagnol de droite, et à grand tirage.

Un entretien au cours duquel le meneur de ces événements aurait notamment déclaré qu’«ils me demandaient de dire « Vive le Roi » pour qu’ils cessent de me torturer». C’est ce qu’on peut lire dès le titre de cette interview, opérée par téléphone et depuis la cellule du détenu, affirme El Mundo. Mais, dans les faits, rien n’y est véridique.




Dans un autre entretien relayé par de nombreux médias locaux de la région du Rif, Ahmed Zefzafi, père et par ailleurs porte-parole de Nasser Zefzafi, dément en bloc qu’une telle interview ait eu lieu. «Ces propos sont totalement infondés et cet entretien n’a jamais eu lieu», explique-t-il. Et d’ironiser: «comment ceux-là même qui obligent Nasser à crier « Vive le Roi » sous le coup de la torture peuvent-ils en même temps lui permettre de s’entretenir avec un journal espagnol?».

Le père de Nasser Zefzafi précise être le seul à exprimer les points de vue de son fils en dehors de la prison. Autrement dit, «le quotidien s’est probablement basé sur un vieil enregistrement [de Nasser, Ndlr] ayant fuité du temps où il était incarcéré à Casablanca», suppose Ahmed Zefzafi.




Pour Zefzafi père, il ne fait aucun doute que le ton et le timing choisis pour la publication de cette fausse interview sont dûs aux récentes tensions diplomatiques nées entre Rabat et Madrid, à cause de l’hospitalisation du chef des séparatistes du Polisario, sous une fausse identité, dans le secret, et sans que le Maroc n’ait été avisé.

Brahim Ghali, atteint du Covid-19, est par ailleurs sous le coup de nombreuses plaintes en Espagne pour atteintes graves aux droits de l’Homme, crimes contre l’humanité et viols à répétition. «Mon fils est incarcéré depuis 4 ans maintenant. Pourquoi donc ne se rappeler à son bon souvenir que maintenant?», s’interroge Ahmed Zefzafi.




Pour le père de ce détenu, comme pour de nombreux analystes, la publication de cette fausse interview est un moyen de détourner l’attention sur la crise actuelle entre les deux pays, à un moment où de nombreuses voix s’élèvent en Espagne pour que Brahim Ghali puisse répondre des actes qui lui sont reprochés devant la justice de ce pays.

Tout particulièrement d’ailleurs, sur une affaire de viol dont l’accuse une certaine Khadijatou Mahmoud, mais aussi de faits de tortures sur un prisonnier pendant des décennies dans les geôles du Polisario, sans compter l’assassinats de pêcheurs canariens par les séparatistes ou encore les déportations forcées de Sahraouis dans l’île de Cuba.