Maroc: L’état d’urgence sanitaire a accentué l’urgence de lutter contre les violences faites aux femmes

Covid-19 : L’état d’urgence sanitaire a accentué l’urgence de lutter contre les violences faites aux femmes




Jusqu’en 2020, les violences contre les femmes restent la violation des droits humains la plus répandue au Maroc et la moins impunie. Le Conseil national des droits de l’Homme appelle dans son dernier rapport annuel à rattraper les retards accumulés dans la lutte contre ces violences.




En 2020, le Conseil national des droits de l’Homme (CNDH) a reçu un total de 2 536 plantes et requêtes, par le biais de ses Commissions régionales ou au niveau central. Parmi ces requêtes, certaines sont liées au viol comme forme de violence faite au femme, ainsi qu’aux violences faites aux enfants.

Le constat global est alarmant, puisque la période de confinement sanitaire a confirmé les observations antérieures sur le difficile accès à la justice pour une procédure allant jusqu’au bout.

Cette question a fait partie des axes traités dans le rapport annuel des droits de l’Homme au Maroc pour 2020, présenté ce jeudi par la présidente du CNDH, Amina Bouayach.

«La problématique des poursuites judiciaires qui n’arrivent pas à leur dernier aboutissement est d’une ampleur telle qu’avec les constats dressés sur la violence domestique depuis l’entrée en vigueur de l’état d’urgence sanitaire, surtout pendant le confinement strict, seule une plainte pour violence conjugale psychologique a abouti.




C’était un verdict au niveau du tribunal de première instance de Tanger et nous saluons le traitement de ce dossier», a-t-elle indiqué dans sa réponse à une question sur le sujet. Cette victoire reste cependant une exception, malgré la mise en œuvre de la loi 103.13 relative aux violences faites aux femmes.

Les premiers mois du confinement sanitaire général ont en effet été marqués par la mobilisation d’associations de la société civile, qui ont alerté sur la recrudescence des violences domestiques visant les femmes mais aussi les enfants, cet enferment ayant été plus propice.

De plus, cette période s’est accompagnée d’une grande difficulté dans le dépôt des dossiers de plaintes auprès des tribunaux, tandis que de nombreuses violences n’ont pas pu être formellement documentées, selon les ONG féministes.

C’est pourquoi, Amina Bouayach estime qu’«il faut être très vigilant actuellement sur la trajectoire que prend le traitement des violences faites au femmes, à différents niveaux.




Ceci par rapport aux acquis que nous avons enregistrés ces 20 dernières années». Pour cause, la violence contre les femmes reste la forme de violation aux droits humains «la plus répandue au sein de la société, mais aussi la plus invisibilisée et la plus tue à plusieurs échelles». 

Amina Bouayach a lancé un appel aux différents acteurs de la vie publique, qui «doivent contribuer à briser le silence sur cette problématique, y compris par le biais des médias». Pour elle, «il est plus que jamais important de donner la parole et l’espace aux femmes qui sortent du silence».

Dans son rapport annuel, le CNDH note d’ailleurs qu’un an après l’entrée en vigueur de la loi de lutte contre la violence à l’égard des femmes, des initiatives positives ont été prises à l’échelle associative comme au niveau des autorités dans le domaine.

Il rappelle le lancement d’une plateforme pour recueillir les plaintes au niveau du Parquet, de la Sûreté nationale et de la gendarmerie royale, ou encore l’initiation d’une capsule de sensibilisation à la télévision marocaine.




«Cependant, le CNDH note que les femmes et les filles font toujours face à plusieurs défis. Ces défis les empêchent de jouir pleinement de leurs droits liés notamment à l’accès à l’éducation et à la formation, au mariage précoce, à la participation politique et à l’accès aux postes de décision et de responsabilité», indique le rapport.

Il prend note aussi du «retard enregistré dans l’opérationnalisation de deux institutions constitutionnelles, à savoir l’Autorité pour la parité et la lutte conte les discriminations et le Conseil consultatif de la famille et de l’enfance».

Parmi les recommandations formulées par le CNDH dans ce sens, figurent l’abrogation ou l’amendement de «toutes les dispositions légales susceptibles de discriminer les femmes afin de mettre en œuvre les principes d’égalité et de parité consacrés par la Constitution».

Ou encore la révision et l’amendement du Code de la famille pour une meilleure harmonisation avec la Convention relative aux droits des enfants.