(Audio fr) Nasser Bourita : On ne peut pas manigancer le soir contre le [Maroc] et lui demander le lendemain d’être loyal

(Audio) Nasser Bourita : «On ne peut pas manigancer le soir contre le [Maroc] et lui demander le lendemain d’être loyal»




Près d’une semaine après l’arrivée massive de ressortissants marocains dans l’enclave espagnole de Ceuta (Sebta), le ministre des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a rappelé que c’est à l’Espagne de trouver l’issue à une crise de confiance entre les deux pays.




«Contrairement à ce que dit madame la ministre espagnole (Arancha González Laya, ndlr), n’y a pas de contact entre le Maroc et l’Espagne depuis le déclenchement de cette crise».

Cette affirmation est celle du chef de la diplomatie marocaine, Nasser Bourita, qui est revenu ce dimanche sur les récentes tensions diplomatiques entre les deux pays.

Cette déclaration intervient après l’accueil en catimini du chef du Polisario dans un hôpital dans le royaume ibérique, le 18 avril, puis l’exode impressionnant de 8 000 personnes vers Ceuta, en début de semaine. Invité de l’émission Europe Soir week-end, sur Europe1, le ministre n’a d’ailleurs pas manqué de lier l’évolution des faits avec la présence de Brahim Ghali sur le sol espagnol.




Il a également insisté que «contrairement à ce que dit [González Laya], le Maroc n’a jamais été informé de la venue de cet individu».

«L’Espagne a créé une crise et veut la faire assumer à l’Europe», a tancé le ministre, laissant entendre qu’il ne faut pas mettre en avant une crise dite migratoire pour détourner l’attention du problème de base.

«Le problème est mal posé : c’est comme si le Maroc avait une obligation d’agir pour protéger l’Europe (…) Le Maroc le fait en partenaire ; et le partenariat a des fondements. Le partenariat et réciproque. Il est fondé sur une compréhension des intérêts des uns et des autres (…) On ne peut pas manigancer le soir contre le partenaire et lui demander le lendemain d’être loyal.»




Une crise de confiance et non pas une crise migratoire

Nasser Bourita a rappelé que l’Espagne n’a pas consulté l’Union européenne «avant de prendre les décisions qui touchent les intérêts du royaume du Maroc».

«L’Espagne n’a pas consulté l’Europe, avant de passer outre même les normes Schengen pour accepter l’entrée, de manière frauduleuse, d’une personne recherchée par la justice espagnole», a rappelé le ministre.

C’est ainsi que le chef de la diplomatie marocaine a soutenu que les récents évènements de Ceuta sont nés d’abord d’«une crise politique entre deux partenaires» et dont l’Espagne est responsable, tout en rejetant les accusations d’«ouvrir les vannes de la migration» en cas de désaccord avec le partenaire européen direct qu’est l’Espagne. «Durant quatre ans, le Maroc a démantelé 8 000 cellules de trafic d’êtres humains.




Le royaume du Maroc a empêché 14 000 tentatives de migration clandestines» dont 80 sur la ville de Sebta», a détaillé Nasser Bourita. Il réfute, de ce fait, la position madrilène qui a vu dans ces arrivées massives une «agression» et un «chantage» migratoire.

Pour lui, «le bon voisinage n’est pas à sens unique» et «n’est pas une responsabilité du Maroc et une liberté de ses partenaires d’agir contre ses intérêts». Dans ce sens, le ministre a rappelé que le royaume du Maroc n’avait «pas l’obligation d’agir».

«Le royaume du Maroc n’est ni le gendarme, ni le concierge de l’Europe. Il le fait en partenaire», sur la base d’une coopération maroco-européenne entre Rabat et Bruxelles ainsi que «la compréhension des intérêts des uns et des autres», a insisté le chef de la diplomatie marocaine.




L’Espagne gagnera à ne pas exfilter Brahim Ghali

Dans le même sens, Nasser Bourita a affirmé que la situation frontalière à Ceuta ne change pas les relations marocaines avec l’Union européenne (UE). Cependant, il a reproché à Madrid une «attitude hostile» qui alimente un «problème de confiance».

Sur le dénouement de cette crise, le chef de la diplomatie a insisté que c’est à Madrid de «trouver la solution». Enfin, Nasser Bourita a rappelé la mise en garde, tenue la veille par l’ambassadrice du Maroc en Espagne, Karima Benyaich, au sujet d’une éventuelle exfiltration de Brahim Ghali.

«Si l’Espagne pense que la crise pourrait être résolue en exfiltrant le monsieur par les mêmes procédés, c’est qu’ils cherchent le pourrissement, l’aggravation de la crise, voire la rupture», a-t-il averti.




«Aujourd’hui, le Maroc pose des questions simples : est-ce qu’il est normal, dans un Etat de droit, par rapport à un partenaire comme le Maroc, de falsifier un passeport, d’usurper une identité pour faire entrer quelqu’un sur le territoire européen ?»

Le chef de la diplomatie marocaine a énuméré aussi les quatre plaintes au sujet desquelles Brahim Ghali est appelé à répondre de ses actes devant la justice : «

Une plainte de viol d’une citoyenne espagnole, une plainte pour terrorisme d’une association des victimes du terrorisme espagnole, une plainte pour torture», en plus de celle d’enlèvement et de séquestration d’un citoyen espagnol d’origine sahraouie. Le chef du mouvement séparatiste devra comparaître le 1er juin à la Audiencia nacional.