La crise entre le Maroc et l’Espagne risque de durer

La crise entre le Maroc et l’Espagne risque d’être longue




Nombre de personnes s’interrogent sur la réaction de Rabat après le retour de Brahim Ghali en Algérie. Pourtant, cette réaction a été exprimée la veille de la comparution du chef des séparatistes devant un juge. En complotant contre le Maroc, l’Espagne a accepté le risque d’une crise ouverte.




Le brouhaha créé par le gouvernement de Pedro Sanchez autour de l’assaut de migrants sur la ville de Sebta ne saurait occulter une réalité qui pèsera très longtemps sur les relations entre l’Espagne et le Maroc.

En admettant le chef des séparatistes sur son territoire, de façon secrète, alors même que celui-ci a appelé aux armes contre les Marocains, Madrid a, de fait, comploté contre Rabat.

Un complot est d’autant plus dur à avaler pour les autorités marocaines qu’il a été ourdi avec le pouvoir militaire algérien, résolument hostile au Royaume du Maroc. Après la séquence migratoire de Sebta, l’exécutif espagnol a réussi, bon an mal an, à européaniser une crise bilatérale.

Question pour l’heure sans réponse: Rabat n’a-t-elle pas suffisamment anticipé l’européanisation par Madrid d’une crise bilatérale? Mais quoi qu’il en soit, il y a un véritable travail pédagogique à mener pour dé-européaniser Sebta et Melilla, deux villes situées au Maroc, sur le continent africain.




Ces deux villes, occupées par l’Espagne, sont un héritage de l’époque coloniale. Au lendemain de son indépendance, le Maroc avait exprimé, en 1961, sa volonté de récupérer Sebta et Melilla devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Si l’exécutif espagnol a joué la carte de l’européanisation de la crise, c’est qu’il ne veut pas, ou ne peut pas, admettre qu’il a comploté contre le Maroc.

Qu’une démocratie européenne, censée être exemplaire en terme de respect de la loi, se livre à des pratiques douteuses et secrètes, voilà qui est bien fâcheux.

Le tout, contre un pays allié, dont l’Espagne est le premier partenaire commercial et avec lequel des dossiers de première importance, tels que la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue, le crime organisé et l’émigration clandestine, sont des sujets quotidiens d’échanges et de coopération. Au mépris de tout cela, l’Espagne a choisi d’être en intelligence avec une dictature militaire, l’Algérie.




Pour Abdelali Barouki, professeur à l’Université Mohammed V et spécialiste des relations Maroc-Espagne, «pointer la migration est le seul recours dont disposait le gouvernement espagnol, pour dévier l’attention à la fois de son opinion et des instances européennes dont l’Espagne fait partie quant à des faits gravissimes et une erreur aussi bien juridique que diplomatique».

Selon cet universitaire, «autrement, cet exécutif ne peut pas justifier le fait d’avoir couvert un supposé criminel de guerre, accepté son admission sous une fausse identité et défendu son séjour en Espagne.

La question de la migration est un épouvantail dressé devant les publics espagnol et européen pour cacher une faute grave, difficile à assumer et impossible à rectifier».

Abdelali Barouki y voit la main non de Sanchez lui-même et du parti dont il est issu (le Parti socialiste ouvrier espagnol -PSOE), mais de Podemos, une formation composant la majorité gouvernementale, ouvertement favorable au front Polisario.




Rien n’aurait, sinon, empêché le gouvernement d’informer le Maroc quant à l’éventualité d’accueillir Brahim Ghali «pour des raisons humanitaires».

«Rabat aurait probablement contesté, mais la crise actuelle aurait été largement évitée», indique l’universitaire. Autre explication, celle de toute la gêne ressentie au niveau de l’Exécutif espagnol quant aux origines (réelles) de cette crise.

«La manière dont l’affaire Brahim Ghali a été éventée par le Maroc a pris le gouvernement de court. Pour se défendre, celui-ci n’avait d’autre choix que d’attaquer le Maroc, l’actualité ayant été marquée un temps par l’assaut migratoire sur Sebta», explique Jamal Eddine Mechbal.

Cet ancien diplomate, lui aussi spécialiste des relations Maroc-Espagne, en veut pour preuve la posture, certes agressive mais maladroite, de Pedro Sanchez et de sa ministre des Affaires étrangères dans le traitement de ce dossier. Une posture à laquelle s’était opposé un membre du gouvernement espagnol même.




Soit le ministre de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska. Celui-ci, on s’en souvient, avait marqué sa désapprobation quant à l’arrivée de Brahim Ghali sur le sol espagnol.

Nombre de personnes attendent une réaction de Rabat après le retour de Brahim Ghali «dans son pays», l’Algérie, comme l’a affirmé le chef de la junte militaire, Saïd Chengriha, quand il s’est déplacé le mercredi 2 juin dernier à son chevet, en compagnie du président Tebboune, à l’hôpital militaire militaire Mohamed-Seghir-Nekkache de Aïn Naâdja, à Alger.

Mais la réaction de Rabat a anticipé le retour de Brahim Ghali en Algérie. Elle est tombée le 31 mai, soit la veille de la comparution du chef du Polisario devant un juge.

Le fond de la crise, affirmait le ministère marocain des Affaires étrangères, c’est la confiance et le respect mutuel entre le Maroc et l’Espagne qui sont rompus. Le fait est que l’Espagne a comploté contre le Maroc. Et il y aura toujours cette suspicion qu’elle le fasse de nouveau.