Sahara: l’Algérie continue de passer outre les décisions de l’Union africaine

Sahara: l’Algérie continue de passer outre les décisions de l’Union africaine




L’Algérie persiste et signe en passant outre les décisions de l’Union africaine. Son ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, vient à nouveau d’emprunter des voies tortueuses pour soulever la question du Sahara devant le Conseil paix et sécurité de l’UA, incompétent en la matière.




Jeudi dernier, le Conseil paix et sécurité (CPS) de l’Union africaine a organisé une réunion ministérielle par visioconférence, sous la présidence de Mbella Mbella, ministre camerounais des relations extérieures.

Cette rencontre était consacrée à l’évaluation de la mise en œuvre du Programme frontières de l’Union africaine (PFUA), une stratégie de développement établie depuis 2007 et visant la gestion intégrée des frontières entre les États membres.

Le ministre algérien des Affaires étrangères a pris part à cette réunion, non pas pour se justifier sur les raisons de la fermeture des frontières de l’Algérie avec quatre pays voisins (Maroc, Mauritanie, Mali et Libye), mais pour pérorer en faveur de ce qu’il appelle «la nécessité de respecter scrupuleusement le principe d’intangibilité des frontières héritées à l’indépendance…», selon des propos rapportés dans un communiqué du Ministère des Affaires étrangères (MAE) algérien publié jeudi 19 août 2021.




Dans une dépêche de l’APS qui ne fait que reprendre ce communiqué, on peut lire qu’à «l’issue de ses délibérations, le CPS de l’UA a adopté à l’unanimité une résolution reprenant les propositions de M. Ramtane Lamamra portant sur l’impérative consécration du principe d’intangibilité des frontières héritées à l’indépendance…».

Or, dans une autre dépêche de l’APS publiée le lendemain soir, c’est-à-dire le vendredi 20 août, et qui repend cette fois-ci le communiqué final du CPS, on ne trouve aucune référence aux «propositions de Lamamra», ni au principe de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation.

D’ailleurs en consultant la presse camerounaise, dont le pays préside le CPS pour ce mois d’août et qui a largement fait écho au conclave panafricain, on est immédiatement frappé par l’ampleur du mensonge colporté par le communiqué du MAE algérien.

Ce dernier rapporte également que Lamamra aurait proposé «la constitution d’une unité chargée du programme des frontières au niveau de l’organigramme de la Commission de l’Union africaine.




Ceci tout en la dotant des ressources financières et humaines nécessaires pour lui permettre de contribuer au soutien des efforts de règlement des différends frontaliers localement sans recourir aux tribunaux et aux instances internationales.»

Il est clair qu’à travers toutes ces contorsions sémantiques, l’Algérie tente son va-tout pour essayer de faire revenir le dossier du Sahara dans le giron de l’Union africaine.

D’ailleurs, il est désormais évident que Ramtane Lamamra n’a été rappelé aux affaires que pour placer cette question au fronton de ses priorités. Bien que la question du Sahara ne puisse plus être incluse dans l’agenda du Conseil paix et sécurité de l’Union africaine, le régime algérien n’en démord pas.

L’on se rappelle qu’il avait continué, ces trois dernières années, à défier l’organisation panafricaine à travers les basses manœuvres de son ancien ambassadeur qui dirigeait le CSP, Smail Chergui. Sorti par la petite porte et désespéré par la non-reconnaissance du régime algérien pour ses services rendus.




Il faut dire que le ministère des Affaires étrangères algérien fait actuellement l’objet d’une fronde en raison du clientélisme de Sabri Boukadoum, le prédécesseur de Lamamra, et le mouvement que s’apprête à opérer ce dernier pour placer des proches et les personnes recommandées par les généraux.

Smail Chergui, surnommé «le mouchard» au sein du MAE algérien devrait avoir une solide recommandation galonnée pour figurer dans la liste des élus.

Lamamra, qui avait occupé ce fauteuil longtemps trusté par l’Algérie, semble vouloir reprendre le flambeau et tente à son tour un nouveau forcing, en violation totale des décisions de l’Union africaine.

En effet, et conformément à la Décision 693 prise lors du 31e sommet des chefs d’État de l’UA tenu les 1er et 2 juillet 2018 à Nouakchott (Mauritanie), l’affaire du Sahara a été confiée en exclusivité à l’Organisation des Nations unies, avec pour seul référentiel les résolutions du Conseil de sécurité, qui peut à la rigueur solliciter l’avis d’une troïka de chefs d’État africains.




La fuite en avant de l’Algérie qui refuse l’ouverture des frontières avec son voisin marocain viole également les objectifs principaux du Programme frontières de l’Union africaine tels que mentionnés dans la convention de l’Union africaine sur la coopération transfrontalière, ou Convention de Niamey, adoptée en 2014.

Cette dernière vise, entre autres objectifs énumérés par son article 2, à «promouvoir la coopération transfrontalière» entre États voisins en vue de «transformer les zones frontalières en éléments catalyseurs de la croissance ainsi que de l’intégration socio-économique et politique du continent».

Lamamra, dont le pays est le pire élève de l’UA en matière de coopération transfrontalière, n’a donc rien trouvé de mieux que d’annoncer que son pays «a achevé l’opération de délimitation de ses frontières avec tous les pays voisins, dont récemment avec la République arabe sahraouie démocratique»!

Une piètrerie qui a le mérite de montrer un pays isolé, recroquevillé sur lui-même, à rebours de la dynamique continentale.