« L’Algérie perçoit le Maroc comme un potentiel ennemi »

« L’Algérie perçoit le Maroc comme un ennemi potentiel »




Luis Martinez, chercheur et spécialiste du Maghreb, par ailleurs directeur de recherche au CERI-Sciences Po affirme que « l’Algérie ne perçoit plus le Maroc comme un rival, mais comme un potentiel ennemi » et que la décision d’Alger de rompre ses relations diplomatiques avec Rabat « n’est qu’un nouvel épisode d’un interminable bras de fer ».




« La rupture des relations diplomatiques avec le Maroc, annoncée le 24 août, intervient dans un contexte de vulnérabilité du régime algérien qui ne cesse depuis les “révoltes arabes” de 2011 de dénoncer des complots contre l’Algérie.

Les événements majeurs de la décennie dans les pays limitrophes — le changement du régime de Ben Ali en Tunisie, le renversement de Kadhafi en Libye, la déclaration d’indépendance de l’Azawad au Mali, en 2012, et l’intervention Serval, les attaques des djihadistes contre le site gazier d’In Amenas dans le Sud en janvier 2013 — sont interprétés comme autant de preuves d’une volonté de déstabilisation du pays », commente le spécialiste du Maghreb dans une tribune publiée par Le Monde.

Évoquant les raisons qui ont poussé Alger à rompre ses relations avec Rabat, Luis Martinez affirme que « les autorités algériennes ne perçoivent plus le Maroc comme un rival.




Il perçoivent le Maroc mais comme un potentiel ennemi, aspirant à déstabiliser un régime déjà affaibli par une économie mise à mal par la chute du prix du baril de pétrole en 2014, et par une situation politique dans l’impasse depuis l’émergence du Hirak, en février 2019, mouvement pacifique qui revendique une transition démocratique. »

« Les tensions algéro-marocaines ont connu un nouveau pic en 1994 quand Rabat, accusant Alger de complicité dans un attentat islamiste à Marrakech, décida d’imposer un visa aux ressortissants algériens », rappelle le directeur de recherche au CERI-Sciences Po, ajoutant que le régime algérien avait ordonné en réaction la fermeture de la frontière, bloquant ainsi les exportations des produits marocains vers l’Algérie.

Aussi, a-t-il rappelé que le Maroc a réintégré l’Union africaine en 2017 après l’avoir quittée en 1984.




« Et depuis, le royaume chérifien déploie un activisme diplomatique en Afrique qui exaspère l’Algérie, note-t-il. Ce d’autant plus que l’administration Trump a publiquement conforté la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental ».

Selon le spécialiste du Maghreb, ce conflit oublié du Sahara reste la matrice des crises récurrentes entre Rabat et Alger. « Il a paralysé tous les projets d’une intégration régionale. Voisins, l’Algérie et le Maroc ne sont pas parvenus, après un demi-siècle, à surmonter les différends qui les opposent. […]

Cette rivalité dangereuse et destructrice sur le plan économique a fait le malheur de la jeunesse de ces deux pays, qui ne manque pas chaque fois que les occasions se présentent, de migrer vers l’Europe, déplore-t-il. Cette nouvelle rupture des relations diplomatiques imposée par Alger n’est qu’un nouvel épisode d’un interminable bras de fer ».