Omicron: sommes-nous prêts à un retour à l’enseignement à distance ?

Omicron: Sommes-nous prêts à un retour à l’enseignement à distance ?




L’Unicef ne veut pas entendre parler d’un retour à l’enseignement à distance compte tenu de la déperdition scolaire et de la dégradation du niveaux des apprenants sans parler des inégalités qui se creusent.

Si l’expérience marocaine de 2020 a répondu à une urgence avec des tops et des flops, le pays est-il prêt à affronter une nouvelle fois la fermeture des écoles si elle devait être décidée ?

Retour sur les principales difficultés rencontrées par les enseignants, mais aussi par les élèves.

Depuis son apparition, le variant Omicron fait souffler un vent de panique dans le monde. Sa grande transmissibilité fait craindre un retour aux mesures restrictives sévères, notamment la fermeture des écoles.

Consciente de la gravité de la situation, l’Unicef a appelé, il y a quelques jours, à éviter l’enseignement à distance et à ne l’adopter qu’en dernier recours.

Mais vu la dégradation de la situation épidémiologique dans le monde et l’inversement de la courbe au niveau national (tendance haussière depuis trois semaines), on peut s’attendre à tout !

Nous avons tenté de joindre le ministère de l’Éducation nationale pour savoir si une réflexion est engagée dans ce sens, mais sans succès.

Dans l’éventualité d’un retour à l’enseignement à distance, sommes-nous réellement armés ? Pas si sûr.




Le niveau d’équipement en TIC et d’accès à internet des établissements scolaires marocains révèle des capacités limitées ne permettant pas une réaction adéquate à la crise à travers la mise en place d’un enseignement à distance accessible à tous les élèves.

Cette conclusion est consignée dans le dernier rapport de l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (INE-CSEFRS), élaboré en partenariat avec l’Unicef.

Ce document, rendu public en octobre dernier, souligne que si ce mode d’enseignement a eu le mérite de garantir la continuité pédagogique, il n’a pas pour autant réussi à fournir les moyens logistiques et les contenus nécessaires pour un enseignement de qualité à tous les acteurs.

«Plusieurs acteurs considèrent qu’il a marginalisé un nombre considérable d’élèves relevant des ménages ne disposant ni d’ordinateurs, ni de tablettes et encore moins de connexion internet», souligne l’INE-CSEFRS.

«Si l’État aspire à se doter d’un enseignement public gratuit et équitable, qui soit fondé sur le principe de l’égalité des chances et la non-discrimination, il est invité à prendre des mesures additionnelles au profit des élèves défavorisés en raison des disparités économiques, sociales et territoriales», est-il recommandé.




Difficulté d’usage des plateformes

Pour rappel, en 2020, le ministère de l’Éducation nationale avait mobilisé la télévision publique où des cours ont été diffusés quotidiennement.

Des leçons ont également été mises en ligne via la plateforme TelmidTice, sous format vidéo, pour les trois cycles d’enseignement.

Ces cours étaient d’accès libre et téléchargeables à travers des applications du téléphone mobile. Des partenariats avec les opérateurs télécoms ont, en effet, été signés pour assurer la gratuité d’accès à ces plateformes.

Cependant, ces ressources n’étaient pas aussi efficaces que prévu. «Les enseignants jugent la qualité de la plateforme TelmidTice moyennement bonne à hauteur de 58,8%. Et seuls 21,3% d’entre eux déclarent l’avoir utilisée.

Même si cette plateforme est exclusivement dédiée à l’usage des enseignants et des élèves, les enseignants ont affirmé avoir eu des difficultés à l’utiliser en raison du manque de moyens nécessaires à l’enseignement à distance (internet, ordinateur, smartphone)», détaille le rapport.

«L’accès à TelmidTice, bien qu’il ne nécessite a priori pas de recharge internet, l’accès à ces ressources (notamment les cours) renvoie à YouTube, qui requiert lui une connexion internet.

Certains enseignants trouvent cette plateforme inadaptée à leurs élèves, notamment les instituteurs et institutrices du primaire.

Les élèves du secondaire estiment, quant à eux, que cette plateforme manque d’interactivité», relève la même source.




Inégalités entre les milieux urbain et rural

Afin d’atténuer les inégalités d’accès à l’enseignement à distance entre les milieux urbain et rural, le ministère de l’Éducation nationale avait fait appel à différents partenaires (organismes publics et privés, élus, associations, etc.) pour participer à la distribution de tablettes, d’ordinateurs, de cartes prépayées, de smartphones et de chargeurs solaires au profit de 13.325 élèves issus des zones rurales défavorisées.

Si cette initiative est louable, l’écart dans l’accès au matériel et à la connectivité demeure malheureusement important.

«Cet immense défi nécessite des financements alternatifs de l’ordre de 2,54 milliards de dirhams pour mettre une tablette individuelle à la disposition des 2,54 millions d’élèves inscrits dans le programme Tayssir», indique le rapport de l’INE-CSEFRS.

Les inégalités d’accès à l’enseignement à distance entre la ville et la campagne ne dépendent pas uniquement des équipements technologiques et de la connectivité, mais aussi des enseignants.

Si certains n’ont pas hésité à fournir des efforts importants pour permettre à leurs élèves de poursuivre convenablement leurs études, d’autres ont refusé de prendre part à l’enseignement à distance.

Les résultats de l’enquête de l’INE-CSEFRS montrent qu’un cinquième des enseignants exerçant dans le milieu rural n’a pas pratiqué ce mode d’enseignement. Autant dire aucune forme de scolarité pendant la pandémie.

Au niveau des cycles de l’éducation, les données montrent que c’est au primaire que les enseignants ont le moins adopté le distanciel (21), contre 14% pour le secondaire collégial et 13% pour le cycle qualifiant.



Les enseignants peu formés aux Techniques de l’Information et de la Communication

Par ailleurs, les enseignants qui ont assuré les cours à distance évoquent, outre l’absence d’interaction avec les élèves et la difficulté d’usage des plateformes, l’incapacité des parents à accompagner leurs enfants, en raison de leur analphabétisme, notamment en milieu rural, ou de leurs occupations professionnelles.

En outre, l’enquête de l’INE-CSEFRS a montré que les enseignants ne sont pas au même niveau tant en matière d’appropriation du numérique que d’équipements.

Selon leurs déclarations, 13,5% des enseignants enquêtés ne maîtrisent pas les Techniques de l’Information et de la Communication (TIC), 67,1% d’entre eux ont un niveau moyen et seuls 19,4% ont un niveau élevé ou très élevé.

Ce qui complique davantage l’enseignement à distance. Depuis cette première expérience, qu’a entrepris l’Éducation nationale pour rectifier le tir et anticiper un éventuel retour à l’enseignement à distance quel que soit l’élément déclencheur ?