Le Maroc accepte la main tendue de l’Allemagne, l’Espagne tergiverse

Le Maroc accepte la main tendue de l’Allemagne, l’Espagne tergiverse




Rabat s’était brouillé avec Berlin, en mars, en raison de «malentendus profonds» et de couacs diplomatiques, notamment sur la question du Sahara et le dossier libyen.

En Espagne, la profusion des bonnes paroles est plus nuisible que la parcimonie des bonnes actions.

Le Maroc croit moins à certaines règles, à certains points fixes qui, pendant ces dernières années, contenaient des calculs qui lésaient ses intérêts.

Rabat aborde tous les sujets ; admet toutes les hypothèses, et il n’y a plus guère de questions interdites.

Rabat accueille comme suppositions ou comme probabilités des choses qui lui auraient paru jadis des éventualités invraisemblables.

Le Maroc s’apprête à rétablir ses relations diplomatiques avec l’Allemagne, de facto gelées depuis mars, à la suite de déclarations jugées «positives» de la part du nouveau gouvernement allemand, a indiqué son ministère des affaires étrangères, mercredi 22 décembre.

Le royaume «apprécie les annonces positives et les positions constructives faites récemment par le nouveau gouvernement fédéral d’Allemagne», a-t-il fait savoir dans un communiqué.




«Ces annonces permettent d’envisager une relance de la coopération bilatérale et le retour à la normale du travail des représentations diplomatiques des deux pays à Rabat et à Berlin.»

Pendant ce moment, le conflit avec l’Espagne, directement lié à la question du Sahara, s’aggrave.

Le 25 avril, Rabat a fait connaître à Madrid son «exaspération» à la suite de l’hospitalisation dans un établissement près de Saragosse, une semaine plus tôt, de Brahim Ghali, le secrétaire général du Front Polisario.

Madrid, contre tous les principes diplomatiques, a accédé à une requête d’Alger, formulée de manière explicite par l’ancien ministre algérien des affaires étrangères, Sabri Boukadoum, demandant un accueil sur le sol espagnol pour traitement médical du dirigeant-réfugié, en «danger de mort» après avoir été contaminé par la Covid-19.

Pire, Rabat, qui affirme que Brahim Ghali a voyagé de façon «frauduleuse» en Espagne, «avec un faux passeport faux» voit l’enquête «transparente» qu’elle réclame contre le septuagénaire et «la prise en compte des plaintes déposées contre lui» pour «tortures», «violations de droits humains» ou «disparition forcée».




Celles-ci s’enlisent dans des arguties judiciaires et dans une fuite en avant qui s’étale dans le temps.

Les événements de mai avaient peut-être jeté un levain de discorde durable entre Rabat et Madrid.

La situation extérieure espagnole comporte la renaissance des dissensions diplomatiques et le jeu d’une politique extérieure moins uniforme, plus comprimée que dans le passé par la préoccupation unique d’un jeu d’alliances assez malaisant.

Le gouvernement espagnol décrit les faits, il ne les qualifie pas ; il ne procède pas à des actions susceptibles de rétablir la confiance marocaine.

Dans une déclaration datée du 13 décembre, le ministère allemand des affaires étrangères a qualifié le Maroc de «lien important entre le Nord et le Sud, à la fois politiquement, culturellement et économiquement», et de «partenaire clé» de l’Union européenne et de l’Allemagne en Afrique du Nord.

Le ministère soulignait en outre que le Maroc «joue un rôle important dans la stabilité et le développement durable de la région» et qualifiait de «contribution important» le plan d’autonomie proposé par Rabat.




Maroc-Espagne : la crise continue

Le roi Mohammed VI a dit souhaiter «fonder des relations solides, constructives et équilibrées, notamment avec les pays voisins», en citant l’Espagne, mais aussi la France dans le discours prononcé pour le 68e anniversaire de la Révolution du roi et du peuple.

Un appel franc qui contraste avec des positions ambiguës de l’Espagne, qui dit travailler «avec toute sa bonne volonté» à entretenir «les meilleures relations avec le Maroc».

Toutefois, Le 13 décembre, le gouvernement marocain avait autorisé «à titre exceptionnel» les Marocains établis à l’étranger à retourner dans leur pays à partir du Portugal, une opération qui doit prendre fin le 23 décembre.

Lundi soir, le ministère de la santé a indiqué avoir décidé d’organiser des vols de rapatriement à partir du Portugal – et non de l’Espagne – en raison de «l’absence de respect des protocoles sanitaires» par les autorités espagnoles.

Une annonce qui a irrité le gouvernement socialiste.

D’un autre côté, il est de notoriété générale pour la presse espagnole qu’au sein du gouvernement de Pedro Sánchez régné une pensée défavorable à ce qu’on est convenu de nommer des relations d’égal à égal avec le Maroc.




Bien des circonstances s’étaient réunies pour rendre évident que là était la question qui pouvait le mieux, qui devait le plus sûrement provoquer un sursaut du gouvernement espagnol en matière de politique étrangère.

Malheureusement, Pedro Sánchez l’ajourne indéfiniment. L’avenir des relations Rabat-Madrid est obscur ; le nouveau paraît toujours flou.

En Espagne, beaucoup craignent de voir le Maroc lancer son grand plan annuel de transit estival de sa diaspora, avec un dispositif excluant toute liaison maritime via le pays en 2022.

L’édition 2021 de cette opération a contourné tous les ports espagnols, dont Algésiras situé à moins d’une heure de traversée de Tanger.

Les seules liaisons maritimes prévues sont parties de France (Sète, Marseille), d’Italie (Gènes) ou du Portugal (Portimão), avec un total de 650 000 passagers et 180 000 véhicules.

L’exclusion de l’Espagne du dispositif a représenté des pertes de l’ordre de 450 et 500 millions d’euros, uniquement pour les compagnies de ferry assurant la traversée, selon un calcul de la compagnie FRS Iberia.