2021: un triple scrutin sous le signe d’un changement profond de la carte politique

2021: un triple scrutin sous le signe d’un changement profond de la carte politique




La carte politique issue du triple scrutin du 8 septembre a connu un changement profond par rapport à celle dégagée suite aux élections législatives de 2016, aboutissant à une reconfiguration de la coalition gouvernementale sur la base de l’alternance par les urnes.

Les élections législatives, régionales et locales du 8 septembre 2021 ont abouti à une reconfiguration de la carte politique nationale en faisant ressortir, d’un côté, le retour en force des partis du Rassemblement National des Indépendants (RNI), du Parti Authenticité et Modernité (PAM) et du Parti de l’Istiqlal (PI), et, de l’autre, la forte chute du Parti de la Justice et du Développement (PJD).

Avec ce triple scrutin, le système politique marocain a accumulé trois expériences électorales depuis la reconfiguration de la scène électorale nationale, à la suite de l’adoption de la constitution 2011.

Pour le politologue M’hammed Belarbi, alors que les processus électoraux de 2011, 2015 et 2016 ont favorisé le Parti de la justice et du développement (PJD) comme force politique majeure de l’échiquier politique national, les échéances électorales de 2021 ont donné lieu à un nouvel équilibre dans la représentativité politique des forces politiques concurrentes.




Ainsi, les résultats de ce nouveau rendez-vous électoral ont dessiné une nouvelle carte politique avec des perdants et des gagnants, particulièrement avec la percée du RNI et la remarquable défaite du PJD. En fait, après deux législatures, soit une décennie à la tête du gouvernement, le PJD a subi une véritable déroute aux élections du 8 septembre dernier.

Le RNI en tête de ces dernières a remporté 102 sièges, soit 25,82% du total. Le PAM arrive en seconde place avec 87 sièges, soit 22,02%. Le PI a gagné 81 sièges, soit une progression de +88,37% par rapport aux législatives de 2016.

En effet, la nouvelle majorité, composée du RNI, du Parti authenticité et modernité (PAM) et de l’Istiqlal (PI), comptera 270 sur les 395 sièges de la Chambre des représentants.

Par ailleurs, explique l’enseignant-chercheur à l’université Cadi Ayyad de Marrakech dans une déclaration à la MAP, alors que depuis 2011, la Chambre des représentants est dominée par la majorité gouvernementale et la Chambre des conseillers est contrôlée par l’opposition parlementaire, cette fois-ci, l’opposition parlementaire se retrouve affaiblie au niveau des deux Chambres du Parlement.




Ainsi hétéroclite et éclatée, l’opposition (USFP, PPS, MP, UC, PJD, PSU) aura du mal à tirer pleinement avantage du statut que lui garantit l’article 10 de la Constitution et de la longue liste de droits que ce même article lui reconnaît. Celle-ci n’a pas assez de marges de manœuvre pour s’imposer.

Son faible poids numérique (126 sièges) pourrait peser lourdement sur la crédibilité du travail législatif et gouvernemental. Théoriquement, d’après M. Belarbi, cette nouvelle majorité se veut homogène et cohérente. En ce sens, le gouvernement installé le 7 octobre 2021 puise sa force de l’alliance de trois partis politiques disposant d’une forte et confortable majorité, que ce soit à l’échelle nationale ou aux niveaux régional et local.

Autant, cette fois-ci, la logique veut que les alliances locales soient en phase avec la nature de la nouvelle coalition gouvernementale en vue de créer une homogénéité entre l’action gouvernementale et les efforts déployés au niveau communal et régional.

Aussi, les trois formations de la nouvelle majorité ont globalement des approches convergentes pour ce qui est de la relance économique.




Les trois partis de la coalition gouvernementale, poursuit l’universitaire, doivent redoubler d’effort pour élaborer une nouvelle communication politique susceptible de démontrer et de refléter que les composantes de la coalition gouvernementale travaillent en synergie indépendamment de leurs appartenances politiques.

Et partant, le gouvernement en entier est capable de produire un discours politique convaincant pour une bonne partie des Marocains. Du coup, la Charte de la majorité signée ce 6 décembre 2021, est susceptible de constituer un cadre institutionnel et un référentiel politique et moral pour coordonner les modalités d’action et de collaboration entre les trois composantes de la majorité aux niveaux gouvernemental et parlementaire.

Le nouveau gouvernement doit en outre faire face à de nombreux défis pour accélérer le rythme de promotion économique et sociale et répondre aux nombreuses attentes des Marocains dans un contexte marqué par les répercussions de la crise sanitaire.

Ainsi, afin de renforcer leur confiance dans l’action politique, l’exécutif doit accélérer la cadence de la réforme à tous les niveaux, notamment dans les deux secteurs névralgiques de l’éducation et la santé.




Car, selon M. Belarbi, l’engagement sur la généralisation de la protection sociale ne peut occulter la nécessité de revoir toute la politique sanitaire.

Au regard de la baisse d’activité induite par la crise pandémique, l’actuel gouvernement devrait plutôt travailler afin de permettre à l’économie nationale de réaliser un taux de croissance annuel moyen plus important que l’objectif fixé, relève l’universitaire, notant que la création d’emplois ainsi que la réduction du taux de chômage sont et seront les deux plus gros défis du gouvernement de Aziz Akhannouch.

En conséquence, en plus de tenir ses promesses sur les plans économique et social, et mettre en œuvre ses engagements en faveur de la vision annoncée de la construction de l’État social, le mandat gouvernemental (2021-2026), est par excellence celui de la mise en œuvre des grands axes du nouveau modèle de développement et de ses choix stratégiques, affirme M. Belarbi.

Ceci avant de conclure que pour le moment, le gouvernement Akhannouch est à l’épreuve du terrain socio-économique et les mois à venir sauront démontrer sa capacité à interagir avec les contraintes contextuelles et les défis conjoncturels.