L’opposant marocain Mehdi Ben Barka a-t-il été un espion ?

L’opposant marocain Mehdi Ben Barka a-t-il été un espion ?




Des archives déclassifiées montreraient que cette grande figure de l’anti-impérialisme, assassiné à Paris en 1965, avait été rémunéré pour sa collaboration avec les services secrets tchécoslovaques, rapporte le journal britannique The Observer.

“C’est l’une des grandes ‘causes célèbres’ de la guerre froide, rappelle The Observer, l’édition dominicale du journal britannique The Guardian.

Le 29 octobre 1965, vers midi, Mehdi Ben Barka, leader d’opposition et héros de la gauche internationale, était enlevé à son arrivée dans une brasserie de la rive gauche parisienne.”

Si la lumière sur cet enlèvement a en bonne partie été faite – des agents du renseignement marocain ont ensuite torturé et tué Ben Barka – “beaucoup de ses activités avant sa mort restent mystérieuses, poursuit The Observer.

À présent, des recherches dans les archives d’anciens États-satellites de l’URSS révèlent que cet intellectuel, militant et meneur politique pourrait aussi avoir été un espion.”




C’est un chercheur de l’université Charles de Prague, Jan Koura, qui a pu consulter le dossier des services secrets tchécoslovaques – la Sûreté de l’État (StB) – sur Ben Barka, et croiser ces archives avec 1 500 pages de documents tout juste déclassifiés.

D’après ce professeur, Ben Barka a entretenu d’étroites relations avec la StB et a été rémunéré pour ses services. “Cela ne fait aucun doute.

Tous les documents le confirment”, déclare-t-il à The Observer. Ces relations auraient commencé en 1960, lorsque Ben Barka se trouvait à Paris.

Après une première mission jugée réussie en Guinée équatoriale, il aurait été invité à Prague où il aurait accepté “d’aider à influencer la politique africaine et ses dirigeants en échange de 1 500 livres sterling par an”, explique The Observer.

Il aurait fourni des informations sur l’Irak, l’Algérie ou encore l’Égypte.




Jouait-il dans plusieurs camps ?

Les services tchécoslovaques se seraient cependant inquiétés de liens entre Ben Barka et la CIA américaine.

Et vers la fin de sa vie, il serait devenu trop proche des Chinois : “des responsables soviétiques ont déclaré au StB que Ben Barka avait reçu 10 000 dollars de Pékin et ont appelé le service à lui retirer tout soutien ou protection”.

À en croire Jan Koura, c’est “une image très différente” du personnage que révèlent ces documents: un homme qui jouait dans de nombreux camps à la fois, qui en savait beaucoup et connaissait la valeur de ces informations dans la Guerre froide ; un opportuniste qui jouait un jeu très dangereux.” Comme le souligne le journal britannique, “ces révélations seront controversées.

Ben Barka reste un héros pour beaucoup à gauche et sa famille nie résolument qu’il ait trempé dans l’espionnage ou qu’il ait eu des liens étroits avec quelque État que ce soit.”

De plus, “les motivations de ce militant engagé, qui a été arrêté et emprisonné à plusieurs reprises au Maroc, restent peu claires”.