Éric Zemmour se réjouit d’une loi au Maroc… qui a été abrogée

Éric Zemmour se réjouit d’une loi au Maroc… qui a été abrogée




S’obstinant sur ses propositions d’obliger aux parents à donner «un prénom français» à leurs enfants, à savoir «un prénom chrétien», le candidat à l’élection présidentielle d’extrême droite Éric Zemmour a applaudi l’«excellente idée» du Maroc de n’autoriser que les prénoms «à caractère marocain».

Retour sur une loi problématique qui a pourtant été abrogée. Dans un tweet, l’essayiste Mohamed Louizi, né à Casablanca et vivant en France, a mis en avant la loi encadrant l’état civil marocain, prévoyant que le prénom de l’enfant «doit présenter un caractère marocain». Selon lui, cette loi «protège l’identité nationale marocaine» et n’est pas raciste mais «assimilationniste».

Saisissant l’occasion, le candidat d’extrême droite Éric Zemmour a salué ce principe en affirmant que c’est une «excellente idée», alors qu’il propose lui d’imposer en France, des prénoms «français» dont «chrétien».








«Le caractère marocain» des prénoms et la discrimination causée par la loi

Si la loi qu’a présentée M. Louizi était bien celle appliquée au Maroc, il faut souligner qu’elle n’a pas fait l’objet d’une «protection» de l’identité nationale comme souligné, mais au contraire a réduit de nombreux marocains à devoir renoncer à leur culture amazighe pour adopter des prénoms à consonnance arabe. En effet, depuis la version présentée en 2002, le prénom devait revêtir un «caractère marocain».

Seulement la richesse du Maroc a malheureusement eu du mal à s’imposer et des familles ont dû se battre longtemps pour pouvoir nommer leurs enfants dans le respect de leurs cultures et de leurs origines.

Longtemps, par «marocain», l’état civil entendait essentiellement arabe rendant difficile la vie de certaines familles amazighes.

En ce sens, on peut citer l’exemple d’un garçon né en 1996 que les parents voulaient nommer «Massine», ce que l’état civil a refusé.

Pendant 6 ans, le garçon n’a pas eu de prénom et n’était pas déclaré à l’état civil, jusqu’au jour où ses parents ont gagné leur procès.




Des dizaines de familles se trouvaient dans des situations similaires.

Il faudra attendre 2013 pour que les prénoms amazighs soient totalement reconnus au Maroc, deux ans après que la langue devienne officielle.

Pour d’autres, même l’arabe, langue officielle du Maroc, posait un problème.

En France, une famille de marocains a voulu déclarer au consulat du Maroc leur fille nommée Rawane.

Là encore, le prénom n’a pas été accepté, pour la raison qu’il était d’origine perse.

Pour les parents, cette explication n’avait pas de sens, car ils ont pu démontrer que Rawane avait déjà été donné – et accepté – au Maroc.

Le ministère de l’Intérieur avait adressé en avril 2010 une circulaire censée faciliter l’approbation des prénoms et éviter les conflits, prévisant que les «listes de prénoms» étaient interdites.

Face aux plaintes et aux protestations des parents, les autorités ont dû statuer, et la Haute commission de l’état civil relevant du ministère de l’Intérieur a dû rappeler, en 2014, que les prénoms arabes, amazighs, hassanis ou hébraïques étaient autorisés, sans grandes conséquences.




L’abandon du «caractère marocain» en 2021

Alors, face à la difficulté de trancher entre les prénoms marocains ou non, et face aux abus dont étaient victimes plusieurs familles, le gouvernement a décidé en 2021 de revoir la loi et de remplacer le «caractère marocain» par la simple précision que le prénom «ne doit pas porter atteinte aux bonnes mœurs ou à l’ordre public».

Ainsi, depuis l’approbation de la loi par le parlement le 29 juin 2021, la validation du prénom des enfants au Maroc est plus facile et des prénoms étrangers peuvent en principe être donnés.

Si le candidat Éric Zemmour félicitait le Maroc pour sa loi restrictive, la réalité était bien plus complexe que le fantasme du prénom «français en France et marocain au Maroc».

Si le Maroc a cessé de restreindre les prénoms, ce n’est pas parce que le Maroc a cessé d’être le Maroc, ou que des cultures étrangères sont venues envahir le pays.

L’abandon du «caractère marocain» dans le texte a, dans les faits, permis à de nombreux prénoms marocains d’être donnés, sans que leurs origines amazighe, hébraïque, hassanie ou arabe ne soit jugées ou opprimées, privant le Maroc de sa richesse et de sa diversité. En définitive, sans avoir fait l’effort de la vérification, Éric Zemmour se réjouït d’une loi qui a été abrogée au Maroc.

Alors doit on comprendre que la France rêvée par Éric Zemmour n’est qu’un ersatz du Maroc d’hier ?