Vote à l’AG de l’ONU: le Maroc s’affirme comme une puissance multipolaire

Vote à l’Assemblée générale de l’ONU: Le Maroc s’affirme comme une puissance multipolaire (Aymeric Chauprade)




En décidant de ne pas participer au vote à l’Assemblée générale de l’ONU au sujet de la crise russo-ukrainienne, le Maroc s’affirme comme “une puissance multipolaire”, affirme le géopolitologue français, Aymeric Chauprade.

“Par ce choix, le Maroc s’affirme comme une puissance qui n’est dans les mains de personne et qui veut parler librement et à qui elle l’entend. C’est la définition d’une puissance multipolaire !”, souligne-t-il.

Analysant pour la MAP, le vote à l’Assemblée générale de l’ONU, l’expert en géopolitique a tenu à attirer l’attention sur un élément essentiel : “en dehors des pays occidentaux eux-mêmes et des petits pays alignés sur ces pays occidentaux (…) ce sont des grandes puissances ou des pays émergents significatifs qui se sont abstenus ou qui n’ont pas participé au vote”.

“Dans les abstentions, on retrouve la Chine et l’Inde soit 1/3 de l’Humanité, mais aussi le Pakistan. Mais vous avez aussi, sur le continent africain, un des BRICS, l’Afrique du Sud qui s’est abstenue ainsi que le Sénégal.




Comme le Maroc, le pays siège de l’Union africaine, l’Éthiopie n’a pas pris part non plus au vote. Au total, sans parler des 5 votes contre dont bien sûr la fédération de Russie, vous avez 35 abstentions et 11 non participation au vote soit plus de 50 pays”, détaille” Aymeric Chauprade.

De son point de vue, ces voix expriment “quelque chose de fort”, à savoir “l’indignation de voir le monde basculer encore vers le risque d’une guerre mondiale, mais aussi la volonté de ne pas insulter l’avenir en ne désignant pas les gentils et les méchants de manière simplificatrice”.

Commentant la position adoptée par le Maroc, l’expert en géopolitique considère que “Rabat joue une diplomatie de l’apaisement et du dialogue, le contraire de l’arrogance si partagée dans le monde occidental aujourd’hui”.

Cette position peut être vue aussi “comme une position de neutralité positive ou tout simplement de non ingérence dans un conflit complexe qui n’a pas commencé le 24 février 2022”, a-t-il ajouté.

Et de souligner, dans ce contexte, que “l’Ukraine est un pays déchiré dans son identité.




Certains à l’Ouest ont une histoire et une mémoire tournée vers l’ancien Empire austro-hongrois et donc l’Union européenne aujourd’hui.

Quand d’autres se sentent fraternellement liés à la Russie dont l’Empire s’étendait sur une large partie de l’Ukraine actuelle et sur la Biélorussie également” », a expliqué le géopolitologue français.

Selon lui, la position du Maroc sur le conflit Russie-Ukraine ne changera en rien à la solidité de ses alliances stratégiques historiques et multidimensionnelle avec les USA et l’Union européenne.

“Le Maroc est un partenaire et un allié des États-Unis et de l’Union européenne, son histoire le prouve, mais c’est un État qui est aussi devenu une forme de puissance d’équilibre et de puissance multipolaire.

C’est son droit le plus strict de ne pas vouloir ajouter aux tensions en additionnant sa puissance politique à celle des occidentaux en plein bras de fer avec la Russie”, a souligné l’expert en géopolitique.




“Cette position (du Maroc) est aussi très intelligente car elle ne fournit pas de prétexte à l’Algérie pour tenter de créer une dangereuse alliance Alger-Moscou qui pourrait amener la flotte russe à Alger en addition des facilités russes actuelles en Méditerranée orientale”, a-t-il estimé.

Et de conclure, que “cette position marocaine est visionnaire : elle traduit peut-être la compréhension directe de la direction que prend l’Histoire : la Russie est peut-être en train de reconstituer, avec l’Ukraine et la Biélorusse, la Grande Russie ; elle est peut-être en train de tenter sa réunification”.

“Est-ce que l’Occident, pour empêcher cette réunification de se produire, laquelle est certes un coup d’arrêt à l’expansion de l’OTAN, mais n’a pas pour objectif l’invasion même de l’Occident évidemment, est prêt à la disparition totale de l’Humanité ?

J’espère que non. Il n’y a donc que des avantages pour le Maroc à être dans cette neutralité positive.

Il y a là-dedans encore beaucoup d’intelligence et de vision”, a conclu l’ancien député européen.