Le logo du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie glorifie le régime militaire

Le logo officiel du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Algérie glorifie le régime militaire




L’Algérie s’apprête à célébrer, le 5 juillet prochain, le 60ème anniversaire de la fin de la colonisation française.

À cette occasion, le logo officiel de cet événement a été dévoilé jeudi 9 juin. Ce logo est à sens unique et glorifie, sans complexe, un régime militaire.

Depuis plusieurs mois, des centaines d’artistes et créateurs algériens sont à l’œuvre, se livrant même une concurrence farouche en vue de confectionner le meilleur logo possible, qui soit à la hauteur des célébrations du 60ème anniversaire de l’indépendance de leur pays (1962-2022).

Sur 13 propositions sélectionnées à travers les différentes péripéties d’un interminable concours national, trois ont été récemment retenues pour être soumises au pouvoir, représenté par une commission-écran, dont on ne connaît pas la composition exacte, mais qu’on sait présidée par le Premier ministre algérien.

Finalement, la montagne a accouché d’une souris, car cette commission a jeté, jeudi dernier, son dévolu, sur un logo dont le moins qu’on puisse en dire est qu’il est juste bon pour figurer sur la devanture d’une caserne militaire, et non servir à célébrer la fête nationale d’un pays connu pour chanter à tout-va sa gloriole.




Et que représente ce logo, présenté le 9 courant en grande pompe par Laïd Rebigua, ministre algérien des Moudjahidine et des ayants droit, en présence de tous les membres du gouvernement? Selon l’agence de presse officielle algérienne (APS), ce «logo, de forme circulaire arboré de 60 étoiles, symbolise l’union, l’unité nationale et les années d’indépendance.

À son centre, figurent les pages d’un livre en allusion au registre de la mémoire nationale, sa première page, en doré, exprimant le lien solide entre l’Armée de libération nationale (ALN) et l’Armée nationale populaire (ANP) et sa contribution au renforcement de la cohésion nationale.»

Or, ce que ne dit pas l’APS dans sa description tendancieuse de ce logo, c’est l’hégémonie du tout-militaire qui le sous-tend clairement.

En effet, le drapeau algérien et le chiffre 60 symbolisant l’indépendance du pays sont encerclés, dans le logo, par des représentations se référant toutes à l’armée algérienne: à droite, deux soldats armés, l’un d’un fusil en bandoulière et l’autre d’une mitrailleuse à la main et, à gauche, de haut en bas, un bombardier de type Sukhoi, un lance-missiles, un char T72 et un navire de guerre.




Le tout enfermé dans un cercle de 60 étoiles, représentant certainement les épaulettes des généraux algériens, le chef de l’armée arborant à lui seul 6 étoiles.

Pas la moindre référence aux pères de l’indépendance algérienne que ce logo est censé célébrer, ni au chemin parcouru, encore moins au progrès, au développement, pas même au gaz et au pétrole qui nourrissent pourtant le pays.

Quant aux évènements qui ont marqué le pays, comme le «hirak béni» qui a sauvé l’Algérie, selon le président Abdelmadjid Tebboune, il ne faut pas rêver.

Si au moins toute la quincaillerie militaire étalée sur ce logo était de construction algérienne, ne serait-ce qu’en partie, il y aurait un seuil de tolérance au nom de l’industrie.

Mais là où le bât blesse, c’est que la publicité faite à cet armement russe ne symbolise ni l’indépendance ou la souveraineté de l’Algérie, ni la puissance supposée de son armée.




Ce qui est involontairement mis en valeur dans ce logo, c’est la corruption des généraux algériens qui commandent tout ce matériel militaire, le plus souvent obsolète et surfacturé, à coups de milliards de dollars chaque année.

Ce qui n’empêche pas Le Soir d’Algérie d’écrire que «ce graphique évoque le professionnalisme de l’ANP qui possède les capacités requises pour défendre la souveraineté nationale et l’intégrité territoriale».

Cette hymne à l’armée des généraux est en réalité une nouvelle insulte à la jeunesse algérienne qui, il y a juste une année, manifestait encore massivement dans la rue pour réclamer, à travers les slogans emblématiques du Hirak, l’«istiqlal» (indépendance), «un pouvoir civil et non militaire», et autres «généraux à la poubelle».

Ce pied de nez de la junte à la revendication phare du Hirak ne passera probablement pas auprès du peuple algérien.

Ce logo a néanmoins un seul mérite: il confirme que l’Algérie est un régime militaire.