Disparition des plages: les côtes marocaines menacées

DISPARITION DES PLAGES : LES CÔTES MAROCAINES MENACÉES

De nombreuses plages dans le monde sont menacées de disparition à cause des changements climatiques. Ce phénomène concerne également le Royaume du Maroc. Explications avec Dr Abderrahim Haïdar, spécialiste en sciences de l’environnement.




Difficile à croire, mais c’est pourtant vrai ! Les belles plages sableuses sur lesquelles on aime se balader ou se détendre pourraient bien disparaître.

À cause de l’élévation du niveau de la mer, les littoraux sableux montrent, en effet, une tendance à l’érosion. Conséquence du réchauffement climatique, ce phénomène concerne aussi les plages marocaines.

«Selon une étude des Nations unies publiée récemment, la moitié des plages du monde pourraient disparaître d’ici la fin de ce siècle en raison de l’érosion côtière induite par le changement climatique et de la montée de la mer.

Les plages marocaines sont aussi menacées», déplore Dr Abderrahim Haïdar, spécialiste en sciences de l’environnement.

«Dans un rapport de la Banque mondiale sur l’impact du changement climatique sur le littoral national, les auteurs affirment que l’élévation du niveau marin va réactiver ou amplifier le processus d’érosion côtière, et donc le recul du trait de côte.

Les plages sableuses encore à l’état naturel risqueraient de reculer en moyenne de 10 mètres à 15 mètres d’ici 2030.




D’autres chercheurs exposent quelques études de cas qui montrent que la vitesse de repli varie de 1 à 10 m par an en fonction des sites étudiés et des périodes correspondantes», explique l’expert.

Contacté par nos soins, Dr Haïdar souligne que le phénomène de disparition des plages au Maroc n’est pas uniquement dû aux changements climatiques.

«Sur un linéaire côtier d’environ 3.500 km sur les deux façades maritimes, le littoral marocain constitue l’une des grandes richesses du pays. Il est largement reconnu aujourd’hui comme un patrimoine commun vital et fragile, soumis à des pressions accrues.

Malheureusement, les humains accélèrent activement l’érosion côtière en enlevant le sable des plages en quantités énormes et à un rythme beaucoup plus rapide qu’il ne peut se renouveler naturellement», regrette le spécialiste.

«Une étude a montré que les extractions illicites des sables des dunes bordières et des plages marocaines constituent plus de 50% des besoins en sables.

À cela s’ajoutent les dragages des sables sur l’avant-côte, l’extraction du sable au bout des embouchures des oueds et la construction des ports et des barrages», ajoute-t-il.




Il faut savoir, en outre, que les plages de sable sont loin d’être de simples paysages de carte postale. Ils abritent une grande biodiversité et jouent un rôle essentiel dans la protection de la terre.

Leur disparition aura des conséquences importantes sur la planète.

«L’élévation du niveau de la mer pourrait ainsi menacer non seulement 10% de la population mondiale installée dans les grandes métropoles côtières, mais aussi perturber le cycle de vie des plantes et des animaux.

Il est fort probable qu’en raison de la disparition des plages, les régions côtières seront de plus en plus fréquemment inondées et provoqueront l’érosion du littoral.

Tout bien considéré, la Banque mondiale nous alerte sur le chiffre prévisionnel de 140 millions de réfugiés climatiques en 2050, mais les habitants de certaines îles et deltas fuient déjà leurs terres aujourd’hui, particulièrement en Asie et dans les îles du Pacifique», indique le spécialiste en sciences de l’environnement Dr Haïdar.




Que peut-on faire face à la disparition des plages ? Les conseils de Dr Abderrahim Haidar

Partout dans le monde, les plages, où l’on cherche à se détendre et s’éloigner du stress de la vie quotidienne, sont en péril.

Si nous n’apportons pas de changement radical à nos modes de vie, la hausse du niveau de la mer atteindra les 2,5 mètres en 2100.

La plage présente un stock de sable limité qui peut évoluer au cours du temps.

Il est généralement issu de la décomposition des roches qui peuvent remonter à des millions d’années.

De ce fait, l’alimentation artificielle systématique des plages peut être appliquée avec succès.




C’est pourquoi il faut:

– Reconstituer les plages les plus menacées en y injectant du sable au lieu de l’exploiter d’une façon illicite.
Atténuer l’impact négatif du dragage du sable sur l’environnement de la zone littorale.

– Promouvoir les prévisions optimistes de l’action internationale pour lutter contre la dégradation du climat pourrait empêcher 40% du recul de la mer d’ici 2100.

– Réduire, en parallèle, la vitesse à laquelle nous consommons du sable et nous brûlons des combustibles fossiles.

– Au fond, ne jamais oublier que le développement durable est un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.