France-Maroc: sans visa, des étudiants ratent la rentrée universitaire

FRANCE-MAROC : FAUTE DE VISA, DES ÉTUDIANTS RATENT LEUR RENTRÉE UNIVERSITAIRE

Si le mois de septembre marque la rentrée universitaire pour beaucoup de nouveaux inscrits dans des écoles supérieures, ce ne sera pas le cas pour certains d’entre eux, qui ont essuyé un refus de visa pour des études en France. Au tour des étudiants d’être les victimes collatérales de la réduction d’octroi de titres de séjour par les autorités françaises.




Des refus systématiques à des dossiers pourtant éligibles, c’est l’expérience de beaucoup de demandeurs marocains de visas pour la France, qu’ils soient artistes, membres de la famille d’un ressortissant binational, salariés en mission, ou même officiels.

Depuis un an, la restriction sur l’octroi des titres de séjour ratisse tellement large qu’elle n’épargne plus désormais les étudiants, en contradiction avec le satisfecit affiché quant au rayonnement universitaire français à l’étranger.

Touchés à leur tour par cette mesure que des élus français qualifient volontiers de rétorsion, les étudiants, en première année de licence ou de master, voient leur rêve de rejoindre une université ou une école en France tomber à l’eau à quelques semaines de la rentrée.




Pour beaucoup, qui ont mis les économies familiales dans ce projet, c’est toute l’année universitaire qui risque d’être perdue.

Yousra, jeune bachelière au parcours brillant, a témoigné de sa mésaventure.

Elle raconte que toute son année scolaire précédente a été consacrée, d’une part, aux préparatifs du baccalauréat et, d’autre part, à la constitution de son dossier d’inscription à une école relevant de l’enseignement supérieur en France.

«Avec mon père, nous avons d’abord bataillé pendant plusieurs mois pour réunir toutes les pièces demandées, nous informer sur les offres de formation via Campus France et choisir la bonne université», se souvient la jeune bachelière.




Un long tunnel, puis le refus de visa

Son choix d’établissement ayant été refusé une première fois, car ne correspondant pas à son profil, Yousra opte pour une inscription dans une école supérieure payante, toujours en France.

«J’ai reconstitué de nouveau mon dossier, avec la patience et l’attention qu’il fallait pour ne rien oublier ; pendant ce temps, mon père s’est occupé de son visa, car il devait m’accompagner pour m’installer», raconte-t-elle.

Alors que son père se voit accorder un visa, la jeune fille trouve des difficultés à décrocher un rendez-vous dans les délais, pour déposer son dossier.

C’est là qu’à sa surprise, elle se confronte chemin faisant à une forme émergente de trafic par intermédiaire dans les prises de rendez-vous.

«Nous nous sommes rendus directement à la société sous-traitante de réception de dossiers pour les demandeurs de la zone consulaire de Casablanca.




Lorsque nous avons su qu’il n’y avait plus de rendez-vous me permettant de déposer ma demande à temps, un membre du personnel nous a proposé de nous trouver un créneau, moyennant la somme de 1000 dirhams.

Nous n’avons pas eu d’autre choix pour trouver un rendez-vous dans les délais, surtout que je suis tenue par la date des débuts des cours.»

Les surprises de Yousra ne s’arrêtent pas là. Quoique complet, son dossier ne lui a pas permis d’obtenir le titre de séjour.

À quelques semaines de la rentrée, c’est le choc.

Elle voit déjà partir cette année universitaire, dans le désarroi, l’incompréhension et la peur de ce qui adviendra de la suite de son cursus.

«Je suis passée par une période de dépression.

Je ne comprenais pas pourquoi après avoir fait tout ce qui m’a été demandé de faire, après m’être appliquée pour avoir de très bonnes notes au lycée jusqu’au BAC, ce n’était pas encore assez alors que j’avais aussi les meilleurs scores dans les tests passés en préparation de ma candidature, qu’aucun document ne manquait à ma demande de visa.




Même les frais d’inscription à l’école en France ont été versés, en plus de ceux de la première moitié de l’année.

Mon père m’avait bloqué 95 000 dirhams sur mon compte bancaire», regrette-elle.

Après cette «gifle administrative» Yousra est désorientée.

«J’ai placé tous mes espoirs sur cette école puisque j’avais réussi les tests d’admission.

Le seul doute au départ était l’aspect financier, mais mon père a fait le nécessaire pour résoudre ce dilemme.

En dehors de la somme bloquée sur mon compte, nous avons payé près de 80 000 dirhams au total, entre les frais de pré-inscription, d’inscription et de dossier», indique la jeune bachelière, qui ne sait pas aujourd’hui si elle pourra s’inscrire dans un autre établissement qui conviendra à son orientation professionnelle.

«Pour les écoles marocaines, j’ai peur que ce soit trop tard puisque les concours d’accès se déroulent majoritairement en juillet.»




Des étudiants étrangers au Maroc également visés par les refus

Les jeunes bacheliers marocains ne sont pas les seuls à vivre la désillusion administrative. La mesure dite de rétorsion de la France touche également les étudiants étrangers installés au Maroc.

C’est le cas de Miryam*, ressortissante malienne, qui a terminé ses études de licence dans une école payante proposant une double-diplomation avec une université française.

Ayant estimé que ce serait un point à son avantage, la jeune étudiante décide de continuer en master dans une école en France.

Pourtant admise par l’école parisienne, contre toute attente, elle essuie un refus de visa.

«Toutes les démarches, entre l’inscription à l’école où j’ai été admise en master et le dossier de visa, m’ont coûté 3 000 euros au total», a déclaré Miryam, se disant «profondément déçue».

L’avis de refus de visa indique que «les informations communiquées pour justifier l’objet et les conditions du séjour envisagé sont incomplètes et/ou ne sont pas fiables». Miryam réfute en bloc.




«Ce n’est pas sérieux que les demandes sur la base de dossiers complets soient refusées comme cela, sans aucun motif valable», ajoute-t-elle, indiquant avoir veillé même à «prévoir des documents supplémentaires, à côté de ceux déjà demandés, au cas où il serait nécessaire de les joindre»

«Mon titre de séjour ici au Maroc est valable pour encore deux ans, j’ai remplis tous les critères, du point de vue administratif et de sélection à l’école, j’ai présenté les fiches de paie demandées pour justifier mon activité salariale aussi, ainsi qu’une somme conséquente bloquée sur mon compte, comme cela est demandé, mais il semble que ce ne soit pas suffisant pour avoir un titre de séjour», regrette Miryam.

Espérant encore sauver son année universitaire, Miryam a transféré son dossier au service consulaire français de son pays d’origine, après s’être informée sur cette possibilité, selon une correspondance que nous avons consultée.




Sa demande a finalement peu de chances d’aboutir, d’autant que le titre de séjour lui a déjà été refusé sur la base du même dossier, dans un autre pays.

«Je ne m’attendais pas du tout à cela, mais j’essaye de voir ailleurs maintenant, s’il reste des possibilités pour rejoindre un master et ne pas gâcher l’année», confie-elle.

Dans le même cas, l’une des anciennes camarades de promotion de Miryam, issue d’un autre pays d’Afrique, a elle aussi essuyé un refus de visa auprès du service consulaire français de Casablanca.

Envisageant de continuer un master en France, elle a choisi également de réintroduire sa demande depuis son pays d’origine, où elle attend encore une réponse.

L’ambassade de France au Maroc a été sollicitée de nombreuses fois pour réagir au sujet des refus de visas d’études, mais elle ne donne pas de réponse.