L’hydrogène vert, énergie prometteuse au Maroc ?

L’HYDROGÈNE VERT, ÉNERGIE PROMETTEUSE AU MAROC ?

Alors que la flambée des cours du gaz fossile a atteint son plus haut record après la crise ukrainienne, l’hydrogène vert issu de l’électricité renouvelable est devenu une énergie prometteuse. Un récent rapport a mis sous lumière le cas du Maroc, de l’Algérie et de l’Égypte en matière de fabrication et d’exportation de cette énergie vers les pays partenaires au sein de l’Union européenne tout en détaillant les différents enjeux auxquels ils font face.




Selon l’étude menée par Transnational Institute (TNI) et Corporate Europe Observatory (CEO) intitulée « L’hydrogène d’Afrique du Nord: la réalité des plans d’importation d’hydrogène vert de l’Union européenne », les trois pays de l’Afrique de Nord envisagent de produire de l’hydrogène vert à partir des énergies renouvelables et de l’exporter ensuite vers certains pays de l’Union européenne via le plan de la Commission européenne RepowerEU visant à rendre l’Europe indépendante des combustibles fossiles russes.

Le Royaume a exprimé son grand engagement en termes de développement durable. « Dans notre construction de l’Afrique de demain, la préservation de l’environnement est la base de la co-émergence de l’Afrique, le socle sur lequel sera bâtie la croissance économique inclusive du continent.

Nous devons nous atteler à prendre en compte le réchauffement climatique, ses risques, et à transformer nos économies sur la base du développement durable », souligne le discours du Roi Mohammed VI au premier sommet des chefs d’État et de gouvernement de la commission climat et du Fonds bleu de Bassin du Congo en 2018.

Cependant et dans le cadre de la stratégie visant à accroître la dépendance du pays aux sources d’énergies renouvelables, le Maroc souhaite remplacer les importations d’ammoniac gris par une production verte locale pour son industrie nationale des engrais, ce qui pourrait être une mesure à court terme avant une transition nécessaire vers l’agro-écologie.




Cela permettra au Royaume de contribuer à l’élimination des fortes émissions de l’ammoniac. En revanche, le rapport estime que les utilisations de l’hydrogène vert annoncées, incluant le mélange dans le réseau de gaz, le carburant pour véhicules, l’électricité, le raffinage du pétrole et l’exportation ne tiendront pas. L’étude a démontré que le coût global de ce processus est très élevé.

Au niveau de l’Algérie, le pays voisin envisage de l’hydrogène vert et bleu par le biais de ses pipelines de gaz naturel liquéfié (GNL) comme moyen de remplacement progressif de ses exportations européennes en matière de gaz naturel.

Le rapport estime que cette opération engendrera des coûts de transit et d’expédition trop élevés sans oublier les émissions de méthane importantes qui émanent de l’hydrogène bleu.

D’après l’étude, « le projet de construction d’une usine d’hydrogène vert alimentée d’un gigawatt d’énergie solaire en Algérie par la multinationale italienne ENI pose de sérieuses problématiques en ce sens.

Cette installation ne fournira qu’environ 0,2% de la totalité de gaz algérien destiné à l’export », en ajoutant que « si l’Algérie souhaitait remplacer ses recettes d’exportation du gaz en hydrogène vert, elle devrait installer 500 GW de panneaux solaires, ce qui représente plus de 1000 fois ce qui existe actuellement ».




En Égypte, le développement économique est la raison principale de vouloir entamer ces démarches.

De ce fait, le pays a déjà pris des mesures de soutien fiscal en s’appuyant sur une stratégie soutenue par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD).

En outre, plusieurs entreprises européennes telles Equinor, Toyota, Siemens, Maersk et ENI participent à des projets d’exportation d’hydrogène vert et bleu autour de la zone économique du canal de Suez.

Le but de la république est de pouvoir remplacer les carburants marins du méthanol et de l’ammoniac vert issus de l’hydrogène vert.

L’inconvénient est que les deux substances sont toxiques et 4 à 5 fois plus chères que les carburants actuels.

Certes, le Maroc, l’Algérie et l’Égypte ont des objectifs très ambitieux rentrant d’une part dans le cadre de l’Accord de Paris, sauf que les coûts de production et d’exportation représentent un sérieux obstacle face aux objectifs souhaités puisqu’ils peuvent être jusqu’à « 11 fois plus onéreux en comparaison avec le gaz naturel ».




L’étude a également précisé l’impact de ce processus sur « l’utilisation des terres, de l’eau et des ressources premières ».

Le gaz invisible et inodore exige un énorme supplément d’énergie comparé au gaz fossile.

« Le Maroc et l’Egypte pensent exporter l’hydrogène vert par le biais de navires-citernes.

Or, 3 fois plus d’énergie est nécessaire pour liquéfier ce gaz.

De plus, ce type de navire ne peut transporter que 27% de l’énergie de l’hydrogène par rapport au gaz naturel », selon le rapport.

Les conducteurs de cette étude ont également exprimé leur inquiétude par rapport au programme d’importation imposé par l’Union européenne.

Celui-ci « vise avant tout à répondre à ses propres besoins », maintenant que la Commission européenne a augmenté son objectif d’acquisition d’hydrogène à 20.000 tonnes d’ici 2030 dont la moitié sera importée majoritairement des pays de l’Afrique du Nord qui, à peine, peuvent combler leurs propres besoins en matière d’énergies renouvelables.



(Vidéo) Pourquoi le Maroc investit autant sur l’Hydrogène ?