L’achat d’armes de l’Algérie à la Russie, un problème selon les États-Unis

L’ACCORD SUR L’ACHAT D’ARMES ENTRE L’ALGÉRIE ET LA RUSSIE «PROFONDÉMENT PROBLÉMATIQUE», SELON LES ÉTATS-UNIS

L’accord sur l’achat d’armes entre l’Algérie et la Russie est «profondément problématique», a indiqué le porte-parole adjoint du département d’État américain, Vedant Patel.




S’exprimant lors du briefing quotidien du département d’État, Patel a souligné que «tout pays qui continue à soutenir la Russie en ce qui concerne son conflit en Ukraine en ce moment, sa violation injuste et illégale de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de l’Ukraine, est profondément problématique».

Le porte-parole de la diplomatie américain répondait à une question posée par un journaliste au sujet de la lettre envoyée récemment par un groupe bipartisan du Congrès américain au secrétaire d’État Antony Blinken, appelant à des sanctions contre les responsables gouvernementaux algériens suite à l’achat d’armes russes.

«Nous vous écrivons aujourd’hui pour exprimer nos préoccupations concernant les récents rapports sur les liens toujours plus étroits entre la Fédération de Russie et la République algérienne démocratique et populaire», peut-on lire dans la lettre des congressmen signataires, aussi bien républicains que démocrates.

En cause: le fait que Moscou soit aujourd’hui le plus grand fournisseur d’armes militaires d’Alger.




Rien que l’année dernière, l’Algérie a finalisé un achat d’armes avec la Russie pour un total de plus de 7 milliards de dollars, soulignent-ils.

«Dans cet accord, l’Algérie a accepté d’acheter des avions de chasse russes avancés, y compris des Sukhoi 57. Jusqu’à présent, la Russie n’avait jamais accepté de vendre cet avion à aucune autre nation.

Ce transfert militaire a fait de l’Algérie le 3ème destinataire d’armes russes dans le monde», dénoncent les auteurs de la lettre.

Les députés signataires invoquent une loi, le «Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act», adoptée au Congrès en 2017, qui somme le président des États-Unis d’imposer des sanctions aux personnes qui, sciemment, «s’engagent dans une transaction importante avec une personne qui fait partie de, ou opère pour ou au nom des secteurs de la défense ou du renseignement du gouvernement de la Fédération de Russie».

Une attribution déléguée au secrétaire d’État, en consultation avec le secrétaire au Trésor.

Ce récent achat d’armes entre l’Algérie et la Russie est clairement classé comme «une transaction importante» au titre de cette même loi.




«Pourtant, aucune sanction à votre disposition n’a été élaborée par le Département d’État», s’étonnent les signataires de ce courrier adressé à Antony Blinken, dénonçant le fait «que la guerre en Ukraine se poursuit et que la Russie a désespérément besoin de fonds pour poursuivre son effort de guerre».

Tout cela, affirment-ils, alors que la tentative de la Russie de punir l’implication de l’Union européenne (UE) dans le conflit en bloquant les ventes de gaz naturel aux pays européens a laissé le président Vladimir Poutine avec peu de ressources.

Il est ainsi probable que la Russie continue à faire pression pour des ventes supplémentaires d’armes.

«Il est essentiel que le président Biden et son administration se préparent à sanctionner ceux qui tentent de financer le gouvernement russe et sa machine de guerre en achetant du matériel militaire», recommandent donc les congressmen.

Par conséquent, ils demandent, en conclusion de leur lettre, «de commencer à appliquer immédiatement des sanctions importantes contre les membres du gouvernement algérien qui ont été impliqués dans l’achat d’armes russes.




Les États-Unis doivent envoyer un message clair au monde: le soutien à Vladimir Poutine et les efforts de guerre barbares de son régime ne seront pas tolérés.»

Cette lettre fait suite à un courrier similaire, également adressé au secrétaire d’État américain le 14 septembre dernier.

Signé de l’influent sénateur républicain de Floride, Marco Rubio, le message désignait déjà nommément l’Algérie comme étant l’«un des principaux acheteurs mondiaux d’équipements militaires de la Fédération de Russie» et appelait, là encore, à des sanctions contre la junte.

La sortie du porte-parole adjoint du département d’État américain va, très certainement, semer la panique parmi les rangs de la junte algérienne.

Celle-ci n’a pas cessé ces derniers jours d’activer ses relais médiatiques pour minimiser l’impact des lettres adressées par les sénateurs et les députés américains au chef de leur diplomatie.




Surfant sur une rencontre le 5 octobre entre l’ambassadrice américaine en Algérie, Elizabeth Moore Aubin, et le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, la presse algérienne a lancé des hourrahs, considérant le tweet de la diplomate américaine comme une cinglante réponse au lobbying des sénateurs.

La presse aux ordres semble ignorer qu’un ambassadeur est supposé travailler pour la relation entre son pays et celui où il est accrédité. Mais une chose est le langage convenu d’un ambassadeur et une autre chose est la déclaration réfléchie et claire du porte-parole du département d’État.

À la panique que va provoquer la déclaration de Patel s’ajoutent les doutes sur l’efficacité des armements russes qui rongent les caciques de la junte.

Les difficultés sur le terrain de l’armée russe face aux forces ukrainiennes, massivement équipées par les Américains, sont suivies avec angoisse par les généraux algériens.

Ces derniers semblent vouloir diversifier, dans la précipitation, les sources de leurs approvisionnements.

Ils viennent ainsi de conclure un contrat avec la Turquie pour l’achat de six drones d’attaque Aksungur.