16 ministres français en Algérie: la France repositionne ses cartes en Afrique

ÉLISABETH BORNE EN ALGÉRIE: LA FRANCE REPOSITIONNE SES CARTES EN AFRIQUE

La Première ministre française, Élisabeth Borne, est attendue dimanche à Alger, pour sceller un nouveau partenariat entre la France et l’Algérie. Pendant ce temps, les relations avec le Maroc se dégradent. Quels sont les intérêts partagés?




La lune de miel entre Paris et Alger semble se faire sur le dos de Rabat.

Cette visite de deux jours de la Première ministre française se fera en compagnie de 16 autres ministres (soit plus de la moitié du gouvernement français), avec des ministres régaliens et importants comme Gérald Darmanin (Intérieur), Catherine Colonna (Affaires étrangères), Éric Dupond-Moretti (Justice) et Bruno Le Maire (Economie). Un message fort envoyé par Paris qui cherche à redéployer son influence perdue en Afrique vers l’Algérie.

Cette visite, selon les deux parties, vise à concrétiser les engagements des deux présidents, Abdelmadjid Tebboune et Emmanuel Macron suite à leur rencontre de 3 jours en Algérie au mois d’août.

Les deux chef d’État ont affirmé qu’Alger et Paris devraient repartir de l’avant via «une dynamique irréversible».

Si l’objectif affiché de cette nouvelle relation est d’œuvrer au renforcement des relations bilatérales, les non-dits de ce rapprochement soudain et controversé du fait de l’histoire tumultueuse commune, portent sur deux schémas.




Pour la France, il s’agit de la recherche d’un nouveau partenaire en Afrique après l’épuisement des autres ressources à cause d’un déploiement militaire infructueux qui s’est soldé par des relations conflictuelles avec le Mali et par effet ricochet, d’autres pays africains.

Paris devrait profiter du manque d’ambition algérienne et du manque de vision stratégique pour venir combler toutes ces lacunes, en lui offrant un plan prêt à l’emploi qui bénéficiera évidemment à la France et renforcera la servitude de l’Algérie à l’avenir.

Dans une interview à la presse algérienne, la Première ministre française a affirmé que la France et l’Algérie se sont engagées « à renouer un partenariat d’exception ».

Il va s’en dire qu’il n’y a jamais eu de partenariat entre les deux pays en dehors du cadre colonial.

« Une plus grande coopération sera source de croissance pour nos deux pays », a-t-elle promis, ne cachant pas les ambitions de la France de gagner au change.

Pour cela une soixantaine d’hommes d’affaires et de chefs d’entreprises français seront également du voyage pour explorer les opportunités en Algérie.




Sur le plan bilatéral, La Première ministre française, Élisabeth Borne, a annoncé les grandes lignes de ce que cherche la France en Algérie.

Si le gaz algérien représente 8% des importations en gaz de la France, un partenariat avec ce secteur, voudrait faire augmenter les capacités de production de l’Algérie, aujourd’hui limitées, pour à terme, envoyer plus de gaz naturel liquéfié en Europe, à court terme.

« À plus long terme, a dit Bone, nous voulons nouer avec elle (l’Algérie) un partenariat industriel et de recherche pour limiter les émissions d’énergies fossiles et investir dans les énergies renouvelables, notamment, le solaire, qui est de toute évidence une ressource d’avenir majeure pour l’Algérie ».

« Nous souhaitons aussi développer d’autres partenariats économiques, comme sur les matériaux et les terres rares », a-t-elle encore avancé.

Nul doute que la France a des visées sur les vastes étendues désertiques algériennes pour en tirer sa prochaine source d’énergie low cost. Ce désert inhabité représente les deux tiers du pays en termes de superficie.




Des terres vierges, inexploitées, mais synonymes aussi de problèmes.

L’Algérie entretient un black-out total dans ses régions du sud pour éviter d’ébruiter la forte contestation sociale et les velléités indépendantistes des tribus nomades Touaregs de la région.

En outre, les territoires du sud algérien sont en proie à l’instabilité du fait de ses parois communicantes avec les groupes djihadistes du nord du Mali.

Pour l’Algérie, la seule motivation derrière ce partenariat avec son « ennemi », son ancien colonisateur, c’est de tordre le bras au Maroc.

Pour isoler le Maroc, l’Algérie est prête à céder sur beaucoup de dossiers, et la taille de la délégation envoyée à Alger témoigne du nombre de concessions que le régime algérien, qui vit en autarcie, va devoir faire pour être commandé par une autre puissance.

Dans sa logique enfantine, l’Algérie voudrait piéger le partenaire traditionnel du Maroc, en lui offrant un terrain de jeu fertile, une forme de corruption détournée, pour acheter sa sympathie avant de lui faire du chantage.




L’exemple de ce qu’a fait Alger contre Madrid sur le Sahara, devrait être une leçon à tout État voulant tisser des liens avec ce pays.

Il apparaît tout à fait évident dans ce cadre que l’Algérie se laissera guider et commander par la France, dans l’espoir d’obtenir son soutien dans le dossier du Sahara contre le Maroc.

Voyant le nouveau soutien de l’Espagne qui suit celui des Etats-Unis et de l’Allemagne, les chefs militaires ont cherché à éviter le renversement irréversible de la situation en faveur de Rabat avec le soutien de Paris, membre du Conseil de sécurité.

L’Algérie est aujourd’hui dans une situation régionale appropriée pour être utilisée à cause de son absence de vision stratégique.

Pour la France, il s’agira par ailleurs de l’utiliser comme un tremplin pour continuer d’agir sur la Libye, au Mali, au Sahel et en Afrique plus largement pour repositionner ses cartes.