Portrait au vitriol de l’Algérie par un journaliste américain du « Times »

PORTRAIT AU VITRIOL DE L’ALGÉRIE PAR UN JOURNALISTE AMÉRICAIN DU « TIMES »

Le journaliste Américain Roger Cohen: « L’Algérie est un pays détourné du monde, détourné des réalités et enveloppé d’une opacité si dense qu’elle l’engourdit » !




« Terre au potentiel contrarié, l’Algérie repousse les influences extérieures, les changements politiques et une partie de sa propre histoire » écrit Roger Cohen, le journaliste américain du « Times », qui a publié un article où il évoque une « oligarchie algérienne cupide, qui saigne un peuple devenu blasé » !…

Sous l’intitulé « En Algérie, voilée du monde, le passé et l’avenir sont aussi voilés », Roger Cohen compare toute l’Algérie à Oran : « cette ville portuaire belle mais négligée, qui tourne le dos à sa baie », référence faite à Albert Camus dans le roman « La Peste », qui vivant à Oran, avait constaté que comme « il est impossible de voir la mer, il faut toujours aller la chercher… »

Ce n’est pas une mauvaise métaphore pour l’Algérie elle-même, poursuit-il, car c’est un pays détourné du monde, enveloppé d’une opacité si dense qu’elle l’engourdit.

« Il a longtemps scellé sa frontière avec le Maroc et n’a rouvert que récemment les points de passage vers la Tunisie après plus de deux ans. Il réduit au minimum les échanges avec ses voisins et voile ses pouvoirs politiques », dira-t-il en préambule.

Roger Cohen raconte sa visite à Oran quand le président Emmanuel Macron s’est rendu en Algérie dans le but de mettre fin à une partie du traumatisme du colonialisme et de la séparation.




« Je ne suis resté à Oran que quelques jours, c’est tout ce que mon visa me permettait, et je me suis retrouvé isolé en tant qu’étranger à Oran, une ville de 1,5 million d’habitants. Pour l’establishment politico-militaire sclérosé qui dirige l’Algérie, le tourisme et les investissements étrangers sont suspects, tout comme les théâtres, les cinémas ou les librairies. C’est une terre d’absences, d’un immense potentiel nié. C’est un pays qui se méfie de l’étranger, comme s’il était encore en guerre », raconte-t-il.

Et d’ajouter: « Mon voyage était, en partie, un pèlerinage de Camus à la ville bossue en escargot sur son plateau », mais dans l’Oran d’aujourd’hui, dans les avenues bordées de palmiers et les ruelles jonchées d’ordures, il n’y a aucune trace de lui.

« Il y a eu autant de fléaux que de guerres dans l’histoire, mais toujours les pestes et la guerre prennent les gens également par surprise », observait Camus dans La peste, « aujourd’hui encore, les événements lui donnent raison» , observe Roger Cohen.

L’argent des vastes réserves de gaz naturel et de pétrole, dira-il encore, « afflue vers l’oligarchie, qui l’achemine souvent vers sa vraie propriété en France.

Le peuple algérien, usé, a appris à hausser les épaules.




Vous interrogez quelqu’un sur la politique et la réponse habituelle est: Nous sommes des moins que rien, nous ne savons pas », écrit le journaliste.

Il indique à cet égard, en référence à Kamel Daoud, écrivain et journaliste franco-algérien d’expression française, lauréat du prix Goncourt du premier roman en 2015, que « les jeunes veulent s’en aller parce que c’est un pays triste, pays ennuyeux. Il n’y a ni liberté ni loisir».

On ne peut vous occulter celle-là, tant elle illustre le régime d’Alger, ou « Le Pouvoir », comme on l’appelle, est une autorité si anonyme que l’ ancien président Abdelaziz Bouteflika, victime d’un grave AVC, n’est pas apparu en public pendant de nombreuses années.

« Nous étions gouvernés par un portrait », lui a déclaré Munir Remichi, un chauffeur de taxi.

Puis le Hirak a incité l’armée à évincer Bouteflika, « mais les espoirs de changement se sont rapidement estompés.

Le régime, momentanément ébranlé, a écrasé le soulèvement et Abdelmadjid Tebboune, membre de longue date de l’establishment politique, est devenu président, même si le consensus est que le vrai pouvoir est ailleurs.

L’Algérie est retombée dans son immobilité coutumière », ajoute-t-il.




Roger Cohen qui fait l’éloge du peuple algérien raconte sa rencontre avec des Oranais à travers ses errances jusqu’à la mer: « J’ai trouvé un restaurant de poisson à Oran, où se mêlent l’histoire arabe, ottomane, espagnole et française et qui conserve quelque chose de l’ambiance louche pour laquelle elle était autrefois réputée.

Les rythmes, les battements de tambour et les voix lamentations de Raï, la musique de protestation qui s’est développée dans les années 1920 à Oran (alors connue sous le nom de « petit Paris ») retentissaient des haut-parleurs.

Le calmar frit était délicieux. J’ai commencé à parler avec deux Algériens qui travaillaient au restaurant pendant que mon chauffeur de taxi, comme je l’ai découvert plus tard, repoussait les investigations de la police secrète» .

Mohammed Raouf Mekhilef, 37 ans, marié et père de deux enfants lui dira: « Ici, il n’y a rien. C’est tout pour eux, pas pour nous. Je ne peux même pas m’acheter un vélo».

Pour sa part Djihane 22 ans caissière, qui a refusé de donner son nom complet, a déclaré: « Tout ce que je veux, c’est me frayer un chemin mais il n’y a aucune chance ici. Si vous pouvez nous sortir d’ici, nous viendrons immédiatement, nous ne rentrerons même pas chez nous pour récupérer quoi que ce soit ».