Covid-19: au Maroc, les patients ne paient rien, l’État prend tout en charge

Dans sa lutte contre le coronavirus, le Maroc ne lésine pas sur les moyens. L’ensemble des frais d’hospitalisation des patients traités après avoir été testés positifs au Covid-19, quels que soient leurs revenus, sont intégralement pris en charge par l’Etat. Quel que soit le montant de leurs soins.




Dès la première étape du test de dépistage du Covid-19, jusqu’à leur admission à l’hôpital, voire dans un établissement hôtelier, s’ils doivent être placés à l’isolement, les patients sont soignés sans avoir à payer le moindre centime en contrepartie des traitements médicaux dispensés par le personnel soignant des établissements hospitaliers, y compris ceux relevant du secteur privé.

Tous les frais liés à leurs soins sont en effet intégralement pris en charge par l’Etat marocain. À commencer par le test PCR (Polymerase chain reaction) utilisé par le Maroc depuis le début de l’épidémie, afin de détecter en laboratoire si le cas d’un patient est positif au Covid-19.

Il faut compter au moins 500 dirhams pour chacun de ces examens biologiques effectués par les laborantins de l’un des trois organismes autorisés à confirmer la présence du coronavirus virus SARS Cov2 dans les prélèvements qui leur sont soumis pour examen: l’Institut National d’Hygiène de Rabat, l’Institut Pasteur-Maroc de Casablanca, et l’Hôpital militaire Mohammed V. Ce montant de 500 dirhams n’inclut par ailleurs pas des frais annexes nécessaires à la conduite de ces tests (utilisation d’appareils, de réactifs, voire frais liés au fonctionnement de ces établissements, etc.).




«Je n’ai payé aucun centime. Tous les malades sont pris en charge. J’ai présenté mes pièces d’identité, ma carte de la CNSS et un chèque de garantie qui m’a ensuite été restitué», confie un patient, entre-temps guéri du covid-19, et qui, après avoir été autorisé par ses médecins traitants à sortir de l’hôpital Cheikh Khalifa à Casablanca, s’est retrouvé, depuis, hébergé gratuitement dans un hôtel classé 4 étoiles à Casablanca, propriété de la famille Chaäbi.

Mohamed Berrada, fondateur et ancien président de Sapress, société de distribution de titres de presse, lui aussi contaminé par le coronavirus, confirme ne pas avoir déboursé un centime pour les soins médicaux qu’il a reçu, et d’avoir aussi bénéficié de prestations à titre gratuit, depuis son admission, il y a quelques semaines à l’Hôpital Cheikh Khalifa.

«Je mange bien. Je ne prends plus aucun médicament. Je suis complètement guéri», a-t-il rassuré sur son état de santé, depuis la chambre d’hôtel où il se trouve. Mohamed Berrada a pu rejoindre sa demeure hier, jeudi 9 avril.

Pas moins de 30 autres patients, également convalescents sont logés dans ce même hôtel, le Mogador Marina.




Autre charge supportée par l’Etat, celle liée aux frais de restauration. En effet, la crise du coronavirus a rendu caducs les contrats des prestataires agréés, qui avaient été engagés par le ministre de la Santé.

L’afflux croissant des patients atteints du Covid-19 a eu pour conséquence une brutale augmentation du nombre de repas à servir.

Pour remédier à cette situation inhabituelle, l’entreprise Newrest Rahal (une filiale dédiée, du célèbre traiteur Rahal) s’est portée volontaire pour améliorer, dès le mercredi 31 mars dernier, les prestations de restauration de cette filiale dans plusieurs établissements hospitaliers à Rabat, Casablanca, Marrakech et Oujda.

Plus concrètement, le groupe Rahal a supporté le différentiel de coût, de sorte à pouvoir servir l’ensemble des patients que comptent les hôpitaux publics situés dans ces quatre villes. Le choix de ces villes est dicté par la présence de structures déjà existantes, appartenant au groupe Rahal, qui a pris également en charge la logistique nécessaire à la restauration des membres du corps médical dans ces établissements, soit en totalité près de 1.000 personnes.




Mieux encore, dans un souci de minimiser les risques de contamination au nouveau coronavirus, le groupe Rahal a décidé de mettre gracieusement à la disposition de ces établissements hospitaliers de la vaisselle jetable (gobelets, assiettes, couverts, etc.).

«Nous sommes les premiers dans le monde à fournir les ustensiles jetables à tous les patients et à l’ensemble du corps médical, et non pas seulement dans les espaces réservés au Covid-19», a indiqué Karim Rahal, PDG du groupe Rahal.

Par ailleurs, une équipe de chefs cuisiniers et de pâtissiers, membres de la Fédération de l’art culinaire marocain (FACM) s’est mobilisée, à titre bénévole, pour assurer la restauration dans les hôtels hébergeant les malades convalescents, ainsi que celle du personnel médical.

En première ligne dans le combat contre l’épidémie, les médecins, infirmiers-ières et aides-soignant(e)s ont renoncé à vivre avec leurs proches à leur domicile, afin d’éviter tout risque éventuel de contamination, malgré toutes les précautions d’usage prises.




Avec l’appui d’une grande marque de restauration et d’un vaste réseau de fournisseurs donateurs de denrées alimentaires, les repas sont servis dans les chambres d’hôtels, tant pour les patients que pour le personnel soignant. Par ailleurs, les élèves des écoles et des instituts spécialisés de l’hôtellerie et de la restauration s’impliquent eux aussi dans cette mission, à titre totalement bénévole.

«Je trouve que le service est correct. Nous recevons des repas équilibrés, répondant aux normes de sécurité alimentaire: tagines, pain, limonade, jus, yaourt», explique ce patient convalescent, logé dans un palace casablancais.

Un seul problème, toutefois: en dehors des prestations de restauration, l’ensemble des autres prestations hôtelières sont suspendues depuis le début de la crise sanitaire.

La mise à l’arrêt de l’activité touristique a contraint plusieurs établissements à libérer temporairement leurs salariés.

Les hôteliers qui ont su faire preuve de générosité en accueillant le personnel soignant et les patients ont mis leurs unités à la disposition des autorités qui doivent en assurer la gestion quotidienne.




«Les draps n’ont pas été changés depuis une semaine. Les serviettes non plus. Il nous est demandé de solliciter nos proches pour nous les ramener», déplore un patient convalescent.

Et du point de vue de l’hygiène et de la nécessaire propreté, les femmes de ménage ont déserté les lieux. «J’ai dû faire appel à une étudiante bénévole pour nettoyer le sol de ma chambre», explique notre interlocuteur.

Mais au delà de ces manquements, qui peuvent aisément se comprendre, les patients ayant été testés positifs au Covid-19 sont conscients des efforts logistiques et financiers considérables que déploie l’Etat marocain. Seuls de rares pays dans le monde offrent cette possibilité à leurs citoyens.

Dans certains pays, le coût d’un séjour de 24 heures dans le service de réanimation d’un établissement hospitalier dépasse le revenu annuel d’un salarié payé au salaire minimum.




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