(Covid-19) Professeur Abdelafattah Chakib: « nous maîtrisons toujours la situation »

Pour le spécialiste des maladies infectieuses au CHU Ibn Rochd de Casablanca, le recul de la mortalité quotidienne est dû, en bonne partie, au dépistage précoce. Mais il témoigne, par-dessus tout, d’une prise de conscience collective des citoyens.




Dans une entrevue accordée au quotidien arabophone Al Ahdath Al Maghribia, le professeur Abdelafattah Chakib, spécialiste des maladies infectieuses à la Faculté de Médecine et de Pharmacie et au CHU Ibn Rochd de Casablanca, livre quelques clés de lecture sur l’évolution du Covid-19 au Maroc.

L’accélération du nombre de personnes atteintes du Covid-19 a marqué le passage à une nou­velle phase dans la gestion de la propagation du coronavirus.

À l’épreuve de l’évolution de l’épidémie, le niveau d’alerte sanitaire a changé. En effet, l’apparition de «clusters» a annoncé la fin de la phase 1 et l’entrée en phase 2.




«Le monde est acculé à une impasse du fait de la propagation rapide du virus. Mais, pour l’heure, nous maîtrisons la situation au Maroc», lance d’emblée Abdelafattah Chakib. Ce degré de maîtrise dépend de plusieurs paramètres. À commencer par la vitesse de propagation du virus.

En effet, le nombre de contaminés enregistré jusqu’à aujourd’hui «est loin d’être préoccupant». L’expert en veut pour preuve le nombre de cas répertoriés au Maroc, qui reste en-deçà de la capacité des centres hospitaliers. Pour autant, on n’est pas tiré d’affaire.

Puisque, en cas de passage à la phase 3, le Maroc pourrait se retrouver dans une situation alarmante. En effet, le nombre de contaminations sera supérieur aux moyens mobilisés pour apporter les soins nécessaires aux patients, soit à la capacité de 1.600 lits.




«On peut facilement éviter de se retrouver dans une telle situation si les citoyens respectent l’état d’urgence et les consignes de sécurité sanitaire», souligne le Pr Chakib.

Toujours selon les propos rapportés par le journal arabophone, le recul de la mortalité quotidienne, dont la courbe a connu un léger fléchissement pour s’approcher sensiblement de la barre des 5%, est la résultante d’une conjonction de facteurs.

Au premier abord, il y a lieu de signaler la prise de conscience des citoyens vis-à-vis des signes précurseurs du Covid-19. Ce qui s’est traduit, souvent, par une détection à un stade très précoce, du fait de la mobilisation des personnes porteuses. Secondo, la plupart des cas enregistrés ne sont pas dans les rangs des personnes âgées, contrairement aux cas signalés courant mars dernier.




Ceci illustre, encore une fois, la prise de conscience collective de la menace réelle que fait peser le virus. Le recul des décès est dû, en bonne partie, au dépistage précoce.

Le professeur Chakib explique également que la capacité d’un Etat à rompre la chaîne de transmission du Covid-19 dépend essentiellement des moyens mis en oeuvre. En Chine, l’usage des masques prévalait bien avant la crise sanitaire.

Ce qui explique la bonne maîtrise des autorités chinoises pour contenir rapidement le virus et inverser la courbe des contaminés. Évidemment, le facteur démographique pèse sur le rythme de progression de l’épidémie, d’où la gestion anticipée de l’Etat qui, selon le professeur, a porté ses fruits.




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